AFEMAC

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La ferme pédagogique agroécologique

Un levier d’innovation sociale en France et au Maroc
[Colloque de Marrakech - 2011]

Introduction

Notre contribution souhaite évoquer un levier d’innovation sociale majeur, la ferme pédagogique agroécologique. Il peut paraître surprenant d’attribuer à une simple ferme pédagogique une telle importance, tant il est courant de n’y voir qu’un moyen d’information sur le monde rural et d’éducation à des pratiques paysannes plutôt traditionnelles. Mais lorsque cette ferme pédagogique devient agroécologique, elle change aussitôt d’envergure et de statut pour apparaître comme un puissant levier d’innovation inscrit dans la perspective d’un développement humain durable.

Pour le démontrer, nous établirons que l’agroécologie est à présent, grâce à des pionniers comme Pierre Rabhi, le vecteur d’un changement de paradigme et que cette révolution en cours passe par la ferme pédagogique comme système productif territorialisé. Au final, nous évoquerons le projet que notre association France et Maroc au cœur veut porter, celui de l’implantation prochaine d’un jardin-école agroécologique dans la région de Marrakech, embryon d’une possible ferme agroécologique dans cette région.

1. La révolution de l’agroécologie

Le contexte mondial actuel est marqué par l’insécurité alimentaire, comme l’ont montré les émeutes de la faim. Une mutation profonde du secteur agricole peut alors paraître inévitable. Or, seule l’agroécologie peut proposer un puissant changement de paradigme écologique, économique et social.


1.1. La nécessité d’un changement de paradigme

C’est ce que dit clairement le rapport de Schutter. A l’Assemblée générale des Nations-Unies, Conseil des droits de l’homme, le rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation qu’est Olivier de Schutter a proposé un réinvestissement dans l’agriculture fondé sur l’agroécologie. On peut y lire qu’il faut :


  • Pour les Etats, « réorienter leurs systèmes agricoles vers des modes de production hautement productifs, hautement durables et qui contribuent à la réalisation progressive du droit fondamental à une alimentation suffisante »

  • Pour cela, choisir « l’agroécologie comme un mode de développement agricole qui n’entretient pas seulement des liens conceptuels avec le droit à l’alimentation mais qui a produit des résultats avérés, permettant d’accomplir des progrès rapides dans la concrétisation de ce droit fondamental pour de nombreux groupes vulnérables dans différents pays et environnements. L’agroécologie offre en outre des avantages qui peuvent compléter ceux qui découlent de méthodes conventionnelles mieux connues comme la culture des variétés à haut rendement. De plus, elle contribue de manière importante au développement économique dans son ensemble ».


Pour ce rapporteur, il est donc absolument vital de réorienter l’agriculture pour produire davantage d’aliments sains, et de façon économiquement durable. Son rapport prône donc la transposition à une plus grande échelle des expériences en agroécologie. Pour comprendre le bienfondé de ces prises de position, il faut décrire rapidement ce qu’est l’agroécologie en sa complexité.


1.2. Complexité de l’agroécologie

Critique radicale de l’agriculture intensive et industrielle au nom d’une nouvelle manière de penser et de pratiquer, l’agroécologie est tout à la fois une discipline scientifique, un ensemble de techniques ou pratiques de développement agricoles, une éthique de vie, un mouvement, une école de pensée ou un regard philosophique posé sur l’agriculture et même sur la vie.

Comme discipline scientifique, l’agroécologie est l’application de la science écologique à l’étude, à la conception et à la gestion d’agroécosystèmes durables. Elle cherche à conforter la durabilité des agroécosystèmes en imitant la nature plutôt que l’industrie.

Comme ensemble de pratiques agricoles, l’agroécologie recherche des moyens d’améliorer les systèmes agricoles en imitant les processus naturels, donc en créant des interactions et synergies biologiques entre les composants de l’agroécosystème.

Comme mouvement étroitement lié à la pratique agroécologique, elle propose sous l’égide de Pierre Rabhi - l’initiateur de Terre et Humanisme - une démarche globale à orientation qualitative associant le développement agricole à la protection de l’environnement, à la reconnaissance des savoirs et savoir-faire paysans, et intégrant les dimensions économiques et sociales de la vie humaine.

Ainsi comprise, la démarche agroécologique apporte :


  • Une vision qui place l’Humain et la Nature au cœur d’un grand projet de civilisation ;

  • L’émergence d’initiatives locales participatives qui visent à revaloriser des terroirs et des savoir-faire traditionnels ;

  • La promotion de pratiques agricoles rurales et durables, respectueuses des ressources et patrimoines nourriciers ;

  • La reconquête de la souveraineté alimentaire des populations ;

  • L’autonomie des communautés bénéficiaires.


Au total, l’agroécologie propose une insurrection des consciences qui pourrait être à l’origine d’une mutation sociale. Depuis 1983, Pierre Rabhi a agi pour l’agroécologie en Palestine, Algérie, Tunisie, Sénégal, Togo, Bénin, Burkina Faso, Mauritanie, Pologne, Ukraine, etc… L’agroécologie se répand dans le monde grâce aux associations d’agriculteurs :


  • Mouvement Campesino a campesino en Amérique centrale (Cuba), réseau paysan comme la Via Campesina et le Réseau d’agriculteurs à l’échelle mondiale ;

  • Le Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest ; le Forum d’agriculteurs de l’Afrique orientale et australe, le Réseau de gestion participative de l’utilisation écologique de la terre en Afrique, le Réseau MASIPAG aux Philippines, l’organisation Conseils et services pour une agriculture alternative et le Mouvement des travailleurs sans terre au Brésil.


Dans ces mouvements et réseaux, les fermes-écoles contribuent à une diminution significative des quantités de pesticides utilisés : de 35 à 92% dans la culture du riz, de 34 à 66% dans la production du coton en Chine, Inde et Pakistan.

Les fermes-écoles autonomisent les agriculteurs et les aidant à mieux s’organiser et en les encourageant à se former. Le soutien de l’Etat peut alors élargir la portée de ces efforts, comme le montra le soutien de Thomas Sankhara à Pierre Rabhi, au Burkina Faso. Comme nous privilégions les relations franco-marocaines, nous devons décrire à présent à grands traits l’état de la situation de l’agroécologie au Maroc.

1.3. Le développement progressif de l’agroécologie au Maroc

Pierre Rabhi a fondé Terre et Humanisme en 1994. Son action au Maroc commence en 2001 par la rencontre de Fattouma Benabdenbi dans le cadre du séminaire « Les Chemins de l’Alliance entre féminin d’Orient et féminin d’Occident », organisé dans le sud Maroc par ESPOD (association de promotion de l’entreprise féminine) et la Fondation Mjid. Il participe au Moussem de l’Arganier (2002). Dès 2002, Terre et Humanisme – PESI (Pratiques écologiques et solidarité internationale) lance les premières actions de diagnostic et de sensibilisation. Trois sites pilotes sont ouverts : Ida Ougammade (zone rurale en voie de désertification) ; Dar Bouazza en 2003 (zone rurale périurbaine), avec inauguration des Halles rurales (2004) pour permettre aux producteurs locaux de valoriser leur production traditionnelle (« beldi ») ; et Kermet Ben Salem (village écologique).
En 2004, TH-PESI pose la première pierre symbolique du Carrefour international d’Appui à l’Initiative locale, en vue de créer un centre de transmission de l’agroécologie comparable à celui de Gorom Gorom (Burkina Faso). Ce centre d’accueil et de formation sur les pratiques agroécologiques est actuellement en cours au nord de Marrakech, en zone semi-aride.

L’association Terre et Humanisme Maroc est née en 2005. Elle cherche à mettre en pratique des techniques culturales innovantes fondées sur les savoir-faire paysans.. La diversité de la production provenant de l’association de plusieurs plantes et de l’association d’arbres fruitiers aux cultures permet d’obtenir fruits et légumes. S’ajoutent à cela le lait, les œufs, la viande et le miel apportés par la composante animale, ce qui permet au niveau de la ferme le recyclage des matières organiques non compostées et l’apport de fumure pour enrichir les sols. Et en introduisant les arbres sur la parcelle, le paysan accède à la ressource en bois, principale source d’énergie en milieu rural.

Les produits issus de cette agriculture servent d’abord à la consommation familiale. Les surplus sont commercialisés en circuits courts (un seul intermédiaire au maximum) sous la forme de paniers légumes, ce qui relocalise la production, diminue les besoins en énergie et en transports, conserve la qualité des produits, rémunère mieux le producteur, conserve un lien social entre producteur et consommateur.

2. La ferme pédagogique agroécologique

En quoi une ferme pédagogique peut-elle entrer dans ce processus global pour impulser un changement d’envergure ?


2.1. La ferme pédagogique comme système productif territorialisé

S’il n’existe pas au Maroc de texte définissant la ferme pédagogique , la question est précisée en France depuis 1992 et renforcée par la circulaire du 5 avril 2001qui en fait une structure de présentation d’animaux et de cultures et un lieu d’accueil de jeunes scolaires, voire extra-scolaires. On compte environ 1 600 fermes pédagogiques en France en 2010, relevant de plus de 70 réseaux dont 5 réseaux nationaux et de multiples réseaux locaux.

Dépassant la définition minimaliste, la ferme pédagogique est devenue de fait un outil de formation et d’éducation d’un public plus large et un site de production variée qui peut se décliner en ferme d’animation, exploitation agricole, ferme mixte. Ses objectifs de production peuvent combiner des finalités économiques, écologiques et sociales. Si bien que, de nos jours, une ferme pédagogique fonctionne comme un système productif territorialisé, attaché au développement territorial et humain, articulant des aires d’expansion (du local à l’international) et des types variés d’activités. Elle peut développer une action économique, écologique et sociale aux trois niveaux, micro, meso et macro. Elle devient laboratoire d’un modèle de développement humain à faire partager par le plus grand nombre.


2.2. La ferme agroécologique en France

Une ferme pédagogique de type agroécologique ajoute à la ferme pédagogique classique une dimension critique de l’agriculture intensive et industrielle en même temps qu’une orientation collective et solidaire des personnels qui y interviennent. Elle fait ainsi œuvre militante. Sans chercher l’exhaustivité, nous proposons la présentation dans leurs grandes lignes de ce qui nous paraît l’épicentre de la révolution agroécologique en France (le Centre des Amanins dans la Drôme) et la vitrine de tout jardin-école (Le Mas de Beaulieu en Ardèche).

 - Le centre agroécologique des Amanins

 Représentatif d’un mouvement citoyen, le Centre agroécologique des Amanins repose sur un manifeste, une charte et un cahier des charges qui en font un lieu « d’accueil, d’hospitalité, d’échange humain, de convivialité ». L’éthique dont il se réclame est tout à la fois économique (l’économie au service de l’humanisme), environnementale (privilégier l’empreinte écologique minimale) et humaine (respect de l’autre et travail coopératif). Articulant la SCi des Deux Sources, la SCOP des Amanins et l’Association du même nom, ce système productif territorialisé comporte : une ferme, une école alternative ouverte aux enfants des villages alentour, des hébergements éco-construits, un lieu de restauration, des salles de réunion, des champs cultivés et des bois. Le tout fait système pour transmettre les savoirs et les pratiques agroécologiques tout en développent un projet de vie alternatif.

 - Le jardin agroécologique du Mas de Beaulieu

Siège et « base logistique » de l’association Terre et Humanisme France, lieu d’expérimentation, de formation et de production fort de 650 souscripteurs, Le Mas de Beaulieu montre ce qu’est l’agroécologie, sur un terrain très aride de 1 ha posant le problème de gestion de l’eau. Il comprend notamment plusieurs types de jardins pédagogiques qui sont autant d’écosystèmes particuliers : jardin familial, jardin maraîcher, jardin d’initiation, jardin de la biodiversité, etc. Le centre des Amanins et le jardin-école du Mas de Beaulieu sont au centre d’un grand réseau citoyen d’agroécologistes toujours mobilisés sur Internet.


2.3. La ferme agroécologique au Maroc

Au Maroc, où le débat sur l’agriculture biologique est focalisé sur la question du rendement et de la productivité, la ferme pédagogique est un dispositif polyvalent nécessitant parfois un fort partenariat et bénéficiant de la solidarité franco-marocaine. L’un de ses moteurs, les coopératives et associations, est en plein développement. Il existe donc au Maroc, hors de tout réseau les fédérant, des fermes pédagogiques intéressantes comme la ferme de Médiouna (insertion des femmes) ou la ferme Darna à Tanger (protection de l’enfance).

Ces fermes pédagogiques peuvent privilégier l’animation ou l’exploitation, et on rencontre aussi des fermes mixtes qui conduisent une partie d’exploitation agricole tout en mettant en avant des valeurs de solidarité et de citoyenneté, voire une autre conception du lieu de vie. En témoignent notamment la ferme des Amandiers (Oujda, Maroc oriental), la ferme pédagogique de Dar Bouazza (région de Casablanca), les jardins maraîchers de Shoul :

- La ferme des Amandiers (Oujda, Maroc oriental)

C’est une association marocaine gérée par l’association française AIDESEM (Association interculturelle pour le développement de l’écotourisme solidaire Europe/Maroc et le handicap). Sa présidente est d’origine marocaine. Sur 5 ha, on cherche à améliorer les conditions de vie des personnes handicapées et des personnes rurales analphabètes à vie précaire, en pratiquant l’arboriculture, les plantes aromatiques et un peu d’élevage. L’activité d’exploitation agricole bio y génère des revenus, dans une dynamique de développement durable et d’écotourisme solidaire garantissant toujours un accueil adapté aux personnes handicapées.

- La ferme de Dar Bouazza

Elle a débuté en 2005. Elle appartient à l’agriculture périurbaine. Elle est organisée sous la forme d’un PPAC (Partenariat Producteurs Agroécologiques-consomm’acteurs). C’est un système d’économie alternative et solidaire s’inspirant des AMAP françaises. L’objectif est d’être alimenté entièrement à partir de la production maraîchère fournie par un collectif de producteurs sur 2ha de terrain, fournissant au moins 80 familles. Il y a mutualisation de la production. Chacun cultive son terrain avec ses propres moyens. Les producteurs sont rémunérés en fonction de la part de la recette globale qu’ils ont fournie. Les consommateurs sont des citadins de Casablanca. Pour Swani Tiqa (jardins maraîchers de confiance), des groupes de consommateurs sont liés à un producteur de Shoul (l’une des communes rurales les plus pauvres du Maroc). Le projet est proche du système des AMAP.

3. Notre projet de jardin-école

L’association « France et Maroc au cœur » que nous avons créée en août 2011 nourrit le projet d’une ferme agroécologique au Maroc avec son jardin-école.


3.1. Les composants de notre projet

Dans la perspective agroécologique évoquée, nous envisageons, sur un terrain de 1 hectare, de commencer notre action par l’ouverture en 2012 d’un jardin-école agroécologique situé dans la région de Marrakech, placé sous la responsabilité de Terre et Humanisme Maroc (Roberto Viegas), du Réseau d’initiatives agroécologiques au Maroc et bénéficiant du soutien de Pierre Rabhi.

Ce jardin-école fonctionnera comme un îlot de production maraîchère bio approvisionnant les acteurs ruraux et un cercle de consommateurs, par le biais de paniers de légumes, dans le cadre d’un partenariat rural-urbain. Il devra devenir à terme un lieu d’expérimentation ; un lieu de démonstration et de mobilisation des acteurs ruraux ; un lieu de transmission des techniques agroécologiques ; un lieu d’échange et d’accueil ouvert aux paysans, aux scolaires (si possible) et aux citadins intéressés.

Il regroupera une serre ; une pépinière ; un jardin pédagogique collectif (ou jardin-vitrine) avec apiculture naturelle, arboriculture fruitière, légumes, plantes aromatiques et médicinales. Ce jardin pédagogique devra sensibiliser des populations adultes et scolaires (éventuellement) à la gestion des déchets, la pratique du compost, la préservation des ressources en eau, les aménagements antiérosifs, la revégétalisation.

Le lancement officiel du jardin-école sera assuré en étroite relation avec Terre et Humanisme Maroc. Les conseils aux acteurs ruraux intervenant sur le lieu seront prodigués par des experts formateurs de Terre et Humanisme Maroc. L’intégration des jeunes et des femmes dans la production vivrière de légumes, plantes, semences, sera recherchée. Ce jardin-école sera en liaison avec le futur Carrefour des initiatives et pratiques agroécologiques (CIPA). Des partenariats seront recherchés avec l’Université Hassan II de Casablanca (Master en Ecologie et études en Economie sociale et solidaire) et l’Université de Marrakech ; l’ONG Agrisud ; les Associations Oum Kalthoum (Kermet Bensalem) et Amane (Ida Ougammad) ; le Groupement agroécologique de Shoul (Salé), etc..


3.2. Les obstacles à surmonter

Ils sont nombreux et puissants. Essayons d’en évoquer certains.

Des agriculteurs parfois analphabètes

L’un des freins à l’expérience peut-être l’analphabétisme et le faible niveau culturel des producteurs. Cependant, il est surmontable par des actions de sensibilisation et de formation dispensées selon une pédagogie adaptée.

Des pratiques agricoles à rénover

Au Maroc, la plupart des ruraux possèdent leurs terres et y tiennent. De nombreuses personnes y ont donc accès à la terre et pourraient vivre de ce qu’ils produisent. Mais une grande partie d’entre eux possèdent la terre sans la cultiver, faute de moyens financiers et techniques.

Ceux qui cultivent la terre au Maroc pratiquent un système agricole très spécialisé. Ils cultivent des céréales (carotte, patate, oignon, salade…) ou un légume de base en monoculture, suivant les besoins du marché. Ils recourent à des savoir-faire traditionnels et leur pratique est peu consommatrice d’intrants issus de l’industrie pétrochimique. Il faut donc faire évoluer les choses vers une conception solidaire de la production et vers une autonomisation de l’agriculture familiale.

Des besoins de main d’œuvre importants

On considère que l’agroécologie nécessite de la main-d’œuvre importante pendant la période de lancement en raison de la complexité des tâches consistant à gérer des plantes et des animaux différents et à recycler les déchets produits.

Cependant, Les organisations paysannes indiquent que l’agroécologie est plus attrayante pour ceux qui travaillent la terre durant de longues heures en raison de l’ombre apportée par les feuillages et de l’absence d’odeur et de produits toxiques véhiculés par les produits chimiques.

Un marché du bio à réorienter

En France, le consommateur qui veut des produits issus de l’agriculture biologique les trouve dans les marchés, les boutiques spécialisées, certains supermarchés et une AMAP. Au Maroc, seuls les produits « beldis » (traditionnels) que l’on trouve au souk se rapprochent des produits AB. Les consommateurs qui ne vont pas au souk et veulent des produits de qualité se tournent vers des initiatives comme Swani Tiqa et les jardins de Bouazza. Ils font partie d’une classe aisée ou classe moyenne et un panier hebdomadaire coûte 60 euros par mois.

Par ailleurs, si le bio au Maroc est passé de 1000 tonnes en 1997 à 10591 tonnes en 2010, il reste destiné avant tout à l’exportation et ne concerne quasiment pas les produits animaux. De plus, les cultures bio ne couvrent que 20 000 ha, soit 0,2% seulement des surfaces agricoles. Et les prix sont de 15% supérieurs sur les marchés européens.

Conclusion

Toute innovation possible doit se garder de l’angélisme et se développer dans la durée. Pierre Rabhi milite depuis plus de 30 ans pour l’agroécologie. Il a dû chemin faisant lancer plusieurs mouvements citoyens comme celui des Colibris. Il n’est donc pas facile d’innover quand on prétend bouleverser l’agriculture intensive et industrielle.

Notre projet dans la province de Chichaoua se veut à la fois une rupture avec le productivisme (axe 1 de ce colloque), une mobilisation de la société civile (axe 2), une innovation sociale inscrite dans le réseau marocain existant d’initiatives agroécologiques, réseau aux allures de mouvement (axe 3). Nous voulons par-dessus tout en faire un accompagnement à l’autonomie, une diversification de la production agricole, un soutien à la commercialisation de proximité. Avec l’appui de Terre et Humanisme Maroc, nous tenterons de l’inscrire dans la terre marocaine, à côté des solides réalités que sont Dar Bouazza, Shoul, Kermet Ben Salem, le Réseau d’initiatives agroécologiques au Maroc et tout ce que le CIPA entend dynamiser. 



Bibliographie


De Schutter Olivier, Agroécologie et droit à l’alimentation, Conseil des droits de l’homme de l’ONU, 8 mars 2011.

Rabhi Pierre, Manifeste pour la Terre et l’Humanisme, Pour une insurrection des consciences, Actes Sud, 2008.

Rabbhi Pierre, Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, 2010.

Fouzia Delaite et Noël Nel