AFEMAC

AFEMAC

La Nature au Maroc

La biodiversité au Maroc


Contraction de l’expression « diversité biologique », la biodiversité est synonyme de « variété du monde vivant ». Elle est le tissu vivant de la planète, l’ensemble des formes de vie, leurs relations entre elles et avec leurs milieux. Elle est devenue une priorité mondiale déclarée et une composante essentielle du développement durable. L’objectif est vital au regard des menaces qui pèsent sur les ressources et qui exigent protection et restauration de la diversité.


Les 3 grands niveaux de biodiversité
et leur état

La diversité naturelle des organismes vivants passe par des écosystèmes, des espèces, des populations, des gènes. Et le Vivant est, soit naturel (biodiversité sauvage), soit géré par l’homme (biodiversité domestique). Il est impossible de mesurer objectivement la biodiversité, on ne peut recourir qu’à des indices. On pense que la planète abriterait 8,7 millions d’espèces (6,5 millions hors des eaux et 2,2 millions dans les eaux), dont 1,75 million seulement ont été décrites. Les écosystèmes sont des ensembles vivants formés par des groupements de différentes espèces en interrelations entre elles et avec leur environnement sur un temps et un espace donnés. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, il existe une quantité illimitée d’écosystèmes. La lisière entre deux écosystèmes s’appelle un écotone : par exemple, la haie, qui est la lisière entre la forêt et la prairie. Les écosystèmes nous rendent de très grands services : ils fournissent l’oxygène vital et tout ce que nous mangeons (cultures vivrières, bétail, poissons, etc) ; ils contribuent à l’épuration et au cycle de l’eau ; ils régulent le climat. Depuis un bon moment, les scientifiques et les écologistes nous font craindre une régression considérable et rapide de la biodiversité au plan mondial. Deux zones naturelles de forte biodiversité servent de preuves : la forêt amazonienne et la grande barrière australienne de corail.


Etat de la biodiversité au Maroc

Le Maroc présente une grande variété géographique : haute montagne, désert et dunes, océan et mer, lacs, campagnes verdoyantes, gorges et canyons, lagunes, etc. Cette richesse est porteuse d’une biodiversité extraordinaire, hétérogène et complexe en ses écosystèmes et habitats. Le nombre total d’espèces inventoriées dépasse les 32 000. Et l’ensemble est fragile : avec plus de 2000 espèces animales et végétales menacées, le Maroc est le pays méditerranéen où la biodiversité est la plus dégradée (rapport Eurostat) notamment à cause du tourisme. La flore marocaine compte 7000 à 8000 espèces, mal connues dans leurs caractéristiques, certaines appartenant au Sud n’ayant même presque jamais été prospectées. La faune marocaine est riche de 24 602 espèces identifiées, de nombreuses régions restant encore à explorer. Les micro-organismes (226 espèces) restent les plus mal connus.

Les écosystèmes marocains sont forestiers, préforestiers, steppiques, sahariens, aquatiques et s'étendent sur toute la gamme bioclimatique, du climat aride au climat humide.

L’écosystème agricole du Maroc comporte 9,2 millions d’ha cultivables, dont 13% seulement sont irrigués et 21 millions d’ha de terrains de parcours sont exploitables. Cet écosystème est divisé en deux secteurs très contrastés : le premier est traditionnel, il mobilise les 9/10ème de la population rurale et se caractérise par des techniques agricoles rudimentaires dans de petites exploitations vivrières ; le second est moderne, concerne 1 500 000 ha d’agriculture mécanisée, intensive et orientée vers le marché et l’agro-industrie. En ce qui concerne l’agrobiodiversité, les efforts d’amélioration ont abouti à la création d’un catalogue officiel des plantes cultivables, avec 152 variétés. La biodiversité marocaine est menacée par la diminution des ressources hydriques, la désertification, la surexploitation des ressources naturelles, la fragmentation des habitats, les changements climatiques, les incendies, l’urbanisation et l’érosion. Il en résulte une extension de la pauvreté.

Les écosystèmes marocains


De par sa position géographique et géomorphologique, le Maroc est caractérisé par la diversité de 5 écosystèmes naturels :


  • Ecosystème forestier dans les régions de bioclimats humides et subhumides ;

  • Ecosystème steppique des régions à bioclimats arides et semi-arides ;

  • Ecosystème saharien à bioclimat sec. Les deux derniers sont en pleine expansion au détriment du premier ;

  • Ecosystème agricole ayant un rôle fondamental dans la biodiversité génétique ;

  • Ecosystème marin et côtier.



Grâce à cet ensemble, le Maroc est situé au deuxième rang du bassin méditerranéen, derrière la Turquie. Mais Driss Chahhou, Professeur de géographie à l’Université Mohammed V de Rabat, a déclaré le 10 juin 2011 dans une conférence à l’Institut royal de la culture Amazigh, qu’un tiers de l’écosystème au Maroc, qui compte plus de 4500 espèces végétales dont 500 endémiques, des centaines d’autres animales et médicinales rares, est en voie de disparition. Ce verdict alarmant justifie la préservation d’urgence des patrimoines écosystémiques vulnérables.


La préservation des écosystèmes forestiers

Le domaine forestier marocain couvre une superficie de 9 millions d’hectares dont 5,8 millions boisés. Le couvert forestier correspond à 8% de la superficie globale du pays - 3,2% dans le Sud et 42% dans le Rif – quand il en faudrait 15 à 20% pour garantir un équilibre écologique et environnemental. La famille forestière marocaine comprend quatre grandes composantes : l’arganier (871 000 ha), le thuya (566 000 ha), le chêne-liège (350 000 ha) et la cédraie (133 000 ha). Au total, il y aurait quelques 30 écosystèmes forestiers et ils se dégradent. Ce patrimoine subit de graves préjudices dus à la croissance démographique, la pression exercée sur les ressources naturelles, la sécheresse, l’usage abusif du droit de jouissance, les incendies (destruction de 3000 ha par an). La cédraie du Moyen Atlas, la plus grande en Méditerranée, en pâtit gravement. Il en va de même pour l’arganeraie du Sud-Ouest.

Si bien qu’en réalité, le Maroc importe actuellement plus des trois quarts de ses besoins en bois de France (17%), de Suède (17%), d’Espagne (13%) et du Brésil (8%).

Gérer ce patrimoine forestier, c’est d’abord en faire la délimitation, l’homologation et l’immatriculation à l’horizon 2014. C’est ensuite y pratiquer une gestion rationnelle du droit d’usage et de propriété. Nécessairement, ces mesures touchent de plein fouet les populations rurales, car ce sont les ménages ruraux qui utilisent pour 89% le bois de feu et dont les parcours en forêt constituent la source principale de leur revenu.


La préservation des écosystèmes des zones humides

La préservation des écosystèmes des zones humides. Les systèmes lacustres et lagunaires du Maroc s’étalent sur près de 0,3% du territoire national, à quoi il faut ajouter 3500 km de côte marine et quelques dizaines de milliers de km de fleuves. Le Maroc est sur ce plan le plus riche en zones humides des pays maghrébins. Cependant, ces systèmes sont en régression inquiétante, à cause de la surexploitation, du drainage et de la pollution. Le Haut-Commissariat a doté les 24 zones humides inscrites dans la convention Ramsar de plans d’aménagement rationnels par des actions locales, régionales et nationales.


La préservation des écosystèmes oasiens

Une oasis est un écosystème des régions arides, qui repose sur la rareté des ressources en terres fertiles et en eau. L’agriculture oasienne y est une agriculture de subsistance, avec trois niveaux de cultures : palmiers, petits arbres fruitiers, maraîchage et céréales. Ces écosystèmes subissent cinq grandes crises du milieu oasien qui révèlent un modèle de développement inapproprié :


  • La crise de l’eau avec diminution de la ressource hydrique ;

  • La crise du palmier qui fait perdre 36 000 pieds de palmiers chaque année au Maroc ;

  • La crise agricole avec l’atomisation du parcellaire, les indivisions, la baisse de fertilité des terres et la faible valorisation des produits ;

  • La crise sociale à travers une émigration croissante, une pression démographique ainsi qu’une disparition du système communautaire ;

  • La crise territoriale qui pousse à abandonner les terres en proie à la désertification. Au Maroc, 200 ha de terres arables disparaissent chaque année sous l’effet de l’ensablement.


5% de la population du Maroc sont concernés par la détérioration des conditions de vie dans l’exploitation agricole des oasis. Une dizaine d’oasis du sud marocain ont déjà perdu plus de 40% de leur surface végétale. Les pratiques de gestion des ressources (notamment les systèmes traditionnels d’irrigation gravitaire) et de certaines cultures (notamment fourragères) qui consomment beaucoup d’eau se révèlent alors inadaptés. L’abandon de la palmeraie entraîne la disparition des cultures sous-jacentes et la paupérisation affecte les familles. Un exode rural très important accélère l’abandon de ces écosystèmes productifs. La réaction des acteurs oasiens passe maintenant par RADDO (Réseau associatif de développement durable des oasis), réseau créé en 2001 pour capitaliser les expériences de lutte pour le maintien des écosystèmes oasiens à travers le Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc, Mauritanie). L’expérience de l’Association de Sauvegarde de l’Oasis de Chenini (oasis sauvée par Pierre Rabhi) est sur ce point indispensable. Elle comporte un jardin de la biodiversité, la gestion durable des ressources naturelles et des semences locales dans l’oasis.

Les problèmes de l’environnement au Maroc


Depuis plusieurs années, le Maroc s’est doté d’un arsenal juridique traitant de l’eau, de la conservation des forêts, des énergies renouvelables, de la gestion des déchets. Fin décembre 2012, une loi-cadre présentée par le Ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement a institué une Charte nationale de l’environnement et du développement durable. Le temps est donc venu de la prise de conscience de la gravité des défis écologiques au Maroc et de la nécessité d’agir plus fort sur certains problèmes.


Gravité du stress hydrique

Selon le World Ressources Institute, le Maroc est l’un des vingt pays les plus menacés par le stress hydrique. Et la région du territoire la plus touchée est celle de Marrakech. Le déficit hydrique augmenterait dans le pays de 3 à 5 milliards de mètres cubes à l’horizon 2030. La politique des barrages qui structure dans tout le pays l’accès à l’eau est insuffisante. Ces édifices ont une capacité limitée et surtout, ils sont envahis par les débris provenant des hautes montagnes en amont, et déposant dans leur fond une sorte de vase. Les plantations d’arbres réalisées pour fixer le sol des berges se sont révélées très coûteuses. Malgré ces problèmes, il reste prévu de construire dans un avenir proche encore 15 grands barrages. La ministre en charge de l’eau a proposé en septembre 2014 un plan national qui repose sur des changements radicaux dans la pratique de l’agriculture, l’implantation d’usines de dessalement d’eau de mer, la création d’un canal nord-sud alimentant au passage Casablanca et la région fermière de Rhamna. L’agriculture marocaine, qui représente 80 à 90% des besoins en eau, qui reste très industrielle, privilégie encore des cultures hydrophages comme la pastèque, désormais interdite dans la région de Zagora où les aquifères affectent la salinité et la qualité du précieux liquide. La rénovation du système d’irrigation des terres, qui gagnera de proche en proche, devra favoriser partout la micro-irrigation par le goutte à goutte. Une autre stratégie pourrait être le dessalement de l’eau de mer. Mais cela engage des coûts d’énergie très importants pour acheminer ensuite l’eau vers les terres. On se demande alors si le Maroc pourra vraiment échapper au rationnement et aux coupures d’eau pour inciter à la prise de conscience. Le Haut-Commissariat aux eaux et forêts a indiqué récemment que la part d’eau de chaque citoyen sera réduite de près de moitié d’ici 2020.


Augmentation de la pollution

Le Maroc émet 2,3 tonnes de CO2 par an et par habitant, ce qui est dix fois moins qu’en Europe. Mais l’augmentation du trafic routier et l’implantation industrielle grandissante dans les zones périurbaines présentent maintenant de sérieuses difficultés. C’est le cas à Casablanca, Mohammedia, Safi, qui sont les villes les plus polluées. Il en découle une augmentation des allergies, infections respiratoires, crises d’asthme chez les habitants. Si des lois contre le phénomène ont été promulguées, il est clair que les industriels ne jouent pas le jeu de cette indispensable lutte contre la pollution et que les mesures nécessaires au niveau du gouvernement sont encore attendues. Quant aux plans solaire et éolien, ils sont encore trop timides pour qu’on puisse parler de développement des énergies renouvelables.


Prolifération des déchets

La production de déchets au Maroc est estimée à 5 millions de tonnes par an, soit en moyenne 0,75kg par habitant et par jour. L’industrie en génère 1,5 million de tonnes annuellement, les déchets médicaux représentent 6000 tonnes par an. Dans ce domaine de l’assainissement solide, la Ministre de l’Environnement tente de rattraper un retard important. Cela passe par l’amélioration de la collecte quand elle existe, la lutte contre les décharges en zones urbaines et rurales. On estime qu’il existe 300 décharges sauvages, dont 10 seulement sont contrôlées. L’éradication des sachets en plastique est une nécessité absolue. La contamination des sols par les produits dangereux (pesticides, métaux lourds) est un grand danger. Les communes ne contrôlent guère les décharges, le recyclage des ordures est quasi inexistant. Les déchets restent donc à l’air libre ou sont enfouis sous terre. En ce domaine, les citoyens ne sont pas suffisamment sensibilisés et responsabilisés.


Menaces sur la biodiversité

Alors que le Maroc est le deuxième pays le plus riche en biodiversité de la Méditerranée après la Turquie, il ne parvient pas à enrayer assez les menaces qui pèsent sur elle. Sur les 24 534 espèces de sa faune, 610 sont en voie de disparition. Sur les 6995 espèces da sa flore, 1670 sont en danger. Les fléaux sont connus : surexploitation des ressources (surpêche, surpâturage), désertification, défrichement, incendies. Les écosystèmes naturels du Maroc pâtissent de la fragilité de leur biodiversité liée aux conditions climatiques et de la vulnérabilité des populations qui y vivent. Des progrès existent. Ainsi, l’Observatoire national de l’Environnement du Maroc (ONEM) souligne que la campagne de reboisement a permis le repeuplement de 502 358 hectares de forêts.


Des défis importants

Le Maroc est donc face à des défis de grande ampleur. Ceux qui touchent les villes viennent surtout de la modernisation, ceux qui affectent les campagnes – au Sud notamment - relèvent beaucoup de la désertification, de l’enclavement et de la pauvreté. Toute la population est sommée à présent de prendre conscience et de changer de comportement à l’égard de l’environnement naturel.

La désertification


La désertification est une dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et sub-humides. Différents facteurs y contribuent. Au Maroc, elle atteint des proportions alarmantes. Selon le rapport du Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts et à la lutte contre la désertification (2007), la population vivant dans les zones critiques du Maroc est estimée à 13 465 000 habitants, soit près de 42%.


Le processus mondial de la désertification

Cela se manifeste par une altération de la couverture végétale, une modification de la composition floristique par raréfaction et disparition, une diminution de la biomasse. Moins protégé par la couverture végétale, le sol subit l’action des précipitations qui vont modifier les états de surface. Des pertes de matière organique se font jour. Le sol perd en stabilité structurale et porosité, il se détruit. Le ruissellement augmente et la réserve en eau disponible pour les plantes baisse.
Le phénomène touche directement plus de 250 millions de personnes dans le monde et un tiers de la superficie des terres émergées, soit 4 milliards d’hectares. Il menace aussi les moyens de subsistance de 1 milliard de personnes vivant dans plus de 100 pays. On estime aussi que 135 millions de personnes risquent d’être déplacées à cause de la désertification d’ici 2025. On prévoit qu’il y aura en 2025 beaucoup moins de terres arables dans le monde. Réduction des deux tiers en Afrique, d’un tiers en Asie, d’un cinquième en Amérique du Sud.
Le processus de «désertification» constitue un exemple alarmant de l'un des problèmes menaçant le sol en Europe : «Les conditions naturelles - aridité, instabilité, précipitations de nature torrentielle et sols vulnérables - auxquelles s’ajoute depuis longtemps une pression humaine ont pour conséquence le développement de la désertification de grandes régions d'Europe méridionale», a déclaré José Luis Rubio, président de l'Association européenne pour la conservation du sol et responsable de l'unité de recherche dédiée au sol dirigée par l'Université de Valence et la ville de Valence. En Europe méridionale, centrale et orientale, 8% du territoire (soit 14 millions d'hectares) présentent actuellement une grande sensibilité à la désertification. Ce chiffre passe à plus de 40 millions d'hectares si des sensibilités modérées sont également prises en compte. Les pays d'Europe les plus affectés sont l'Espagne, le Portugal, le sud de la France, la Grèce et le sud de l'Italie.

Au Maroc, la désertification frappe 64% de la superficie agricole utile, chiffre auquel il faut ajouter 24% en menace de désertification.
Le PNUD parvient même à 93% des terres. Les zones les plus touchées sont les régions du Sud.


Les causes de la désertification

La désertification est causée par une combinaison de facteurs qui évoluent dans le temps. Il y en a deux principaux : les activités humaines et les changements climatiques.

Les scientifiques privilégient les causes humaines. L’accroissement de la population (facteur indirect de la désertification) et l’urbanisation provoquent une demande alimentaire croissante, donc un accroissement de la production agricole. Cette dernière exerce une pression accrue sur l’espace, les ressources naturelles et l’environnement. Les pratiques néfastes – surpâturage, extension, défrichement, déboisement - aggravent alors les choses. La régression du couvert végétal résulte de la récolte excessive de bois d’énergie, du surpâturage, des défrichements pour la recherche de nouvelles terres, des incendies, de l’urbanisation frappant les régions côtières. Ces causes humaines s’expliquent avant tout par la pauvreté qui pousse à surexploiter les ressources naturelles.

Les changements climatiques globaux dans les zones sèches subtropicales aggravent la pression des populations sur les ressources et les terres. Le Maroc est un pays au climat largement aride sur 93% de son territoire. La pluviométrie saisonnière et annuelle des zones arides y est fortement variable, avec des coefficients de variation de 25 à 100% selon l’endroit. Les précipitations printanières y ont baissé en moyenne de 40% quand les températures ont augmenté au niveau national. Ces changements entraîneront une vulnérabilité plus grande encore à la désertification. Au final, la désertification entraîne encore, en plus des graves problèmes humains, une perte de biodiversité.


Les moyens de lutte contre la désertification

Les moyens actuellement déployés sont sans commune mesure avec l’ampleur du phénomène. Dans tous les cas, ils relèvent de la coopération internationale (institutions spécialisées de l’ONU, coopération technique étrangère).

Le Maroc a engagé un Plan d’action national de lutte contre la désertification, des chantiers d’envergue lancés par le Haut-Commissariat des Eaux et Forêts et l’ADES (Agence de développement du Sud) et il bénéficie de la coopération technique allemande (GIZ). Sur la question de l’eau, le Maroc agit par une politique de construction de grands barrages, il en compte actuellement plus de 120 et ambitionne d’atteindre le chiffre de 150 en 2015. Ces barrages servent à l’irrigation, l’eau potable, la production d’énergie hydroélectrique. Concernant les périmètres pastoraux, l’action passe par leur identification, leur amélioration et la constitution de coopératives et groupements. Sur le plan forestier, la politique vise la conservation et le développement durable des ressources. On a identifié près de 5 millions d'ha de forêts, plusieurs milliers d’ha de nappes alfatières et reboisé près de 550 000 ha. La lutte contre l’ensablement se développe par la création de parcs nationaux, de réserves biologiques et de chasse en vue de sauvegarder le patrimoine faunistique et floristique.

Peu à peu, une stratégie globale se développe, avec mise en œuvre de projets de développement agricoles intégrés, la mobilisation des ressources en eau de surface (barrages et lacs collinaires), l’aménagement des parcours, la lutte contre l’érosion hydrique et éolienne provoquant l’ensablement. Proposé par l’Agence du Sud, le Programme de lutte contre la désertification et contre la pauvreté par la sauvegarde et la valorisation des oasis met l’agroécologie à la première place. Il souligne que l’agroécologie a sauvé l’Oasis de Chenini-Gabès en Tunisie. L’agroécologie augmente les capacités de rétention hydrique des sols et les dispositifs économiseurs d’eau (compostage). Elle permet de valoriser le travail agricole, de favoriser la rentabilité économique des semences non hybrides, de fertiliser le sol, de lutter de façon naturelle contre les maladies et les ravageurs

Principales ressources forestières naturelles

(% par rapport à la surface du domaine boisé sans les nappes alfatières)


  • autres feuillus : 2.1%

  • cèdre: 2.8%

  • thuya: 11.7%

  • sapin: 0.1%

  • pin: 1.7%

  • genèvriers: 5.1%

  • autres résineux: 0.1%

  • chêne vert: 29.3%

  • arganier: 18.1%

  • chêne liège: 7.8%

  • chêne zeen: 0.2%

  • acacia saharien: 21%


Graphique interactif,
survolez les portions pour révéler le taux.

Graphique interactif,
touchez les portions pour révéler le taux.


Arbre et climat au Maroc


Une indissoluble liaison

Arbre et climat sont liés de façon indissoluble :


  • D’un côté, l’arbre stocke du carbone et celui-ci joue un rôle dans le changement climatique ;

  • D’autre part, si le climat se modifie de façon importante – accroissement des températures annuelles moyennes, changement des régimes de précipitations, succession de phénomènes météorologiques – les arbres en subissent les conséquences.


L’arbre peut s’adapter aux changements climatiques : mais jusqu’où ? Il peut les atténuer : mais dans quelle mesure ?


Effets du réchauffement climatique sur les forêts

L’augmentation durable des températures crée un décalage dans les cycles de vie et allonge la période de végétation de l’arbre. Ainsi, l’arbre grandit en diamètre et en hauteur, tout spécialement dans les forêts de montagne. La saison de végétation s’allonge, avec des mises à fleur et des mises à fruit plus précoces. En France par exemple, les vendanges ont été avancées d’un mois au cours des cinquante dernières années. Avec des hivers plus doux, certains arbres manquent de froid pour fleurir. Le réchauffement climatique a aussi d’autres inconvénients, il apporte avec lui les attaques parasitaires et les ravageurs, les risques d’incendie et les risques de tempêtes. Il facilite la migration de certaines espèces végétales qui suivent les conditions climatiques qui leur conviennent. Il semble que les forêts sont plus sensibles à la récurrence des sécheresses qu’à leur intensité. Les arbres les plus performants en termes de croissance seraient les plus fragiles en cas de sécheresse. Pour une résistance accrue des arbres à la sécheresse, il faut veiller à l’enracinement, à la capacité de stocker de l’eau, à une bonne sylviculture (faible densité et éclaircie précoce).


Effets de l’arbre sur le réchauffement climatique

L’arbre peut atténuer les effets du réchauffement climatique à différents niveaux. Il a la capacité de capter le CO2 atmosphérique et de créer un puits de carbone. Ce captage se fait à travers les stomates (petits orifices de la face inférieure des feuilles qui s’ouvrent et se ferment). Pour les besoins de la photosynthèse, l’arbre séquestre du CO2 tout au long de sa vie dans les feuilles, les branches, les troncs et les racines. On estime qu’un mètre cube de bois stocke une tonne de C02. Ce stockage se réalise dans les arbres aussi bien que dans les sols forestiers. Utilisé dans la construction, le bois permet d’économiser les énergies fossiles et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Enfin, le bois d’œuvre contribue au développement des énergies vertes en tant que combustible. Il faut planter un maximum d’arbres (bois, bosquets, haies..) pour stocker du carbone et conserver la biodiversité dans les jardins et boisements. Mais il faut surtout diversifier les arbres. De plus, l’humidité du sol et l’écoulement peuvent améliorer et augmenter la tolérance des plantes à la sécheresse.


Forêts du Maroc

La surface recouverte par le domaine forestier, d’après les résultats de l’inventaire forestier national de l’année 1994, est de l’ordre de 9.037.000 hectares, répartis entre 4.821.000 ha de forêts naturelles, 407.000 ha de matorral, 490.000 ha de forêts artificielles et 3.318.000 ha de nappes alfatières. En ne tenant pas compte des surfaces couvertes par l’Alfa, le taux de boisement au Maroc est de huit pour cent (8 %). ce qui est en deçà du taux optimal (15 à 20%) nécessaire à l’équilibre écologique et environnemental. Les forêts marocaines subsistent surtout en montagne, sauf les massifs de chêne liège atlantique des plaines septentrionales et la forêt d’arganier. Selon l’association marocaine des droits humains, les forêts marocaines se réduisent chaque année de 30 000 hectares, processus de dégradation lié à la pression démographique, au surpâturage et à l’urbanisation. Les prélèvements abusifs de bois entraînent un nivellement de la forêt vers le bas et la simplification de l’écosystème forestier cause sa vulnérabilité. Les rayons solaires ont une action desséchante et minéralisatrice. Les sols forestiers perdent leur structure et se laissent emporter par les eaux de ruissellement. Ce déclin est causé par l’homme et amplifié par les conditions climatiques défavorables. Il est donc particulièrement urgent de reboiser le Maroc et d’éduquer les populations au rôle essentiel de l’arbre dans le climat.


Les forêts de la région de Marrakech


Au début de sa carrière forestière, Maurice Bonneau a assuré pendant 4 ans (1952 – 1956) les fonctions de chef de la circonscription des Eaux et Forêts de Demnate qui s’étendait de la Tessaoute au sud à Azilal et Zaouia Ahansal an nord et jusqu’à la nationale Marrakech-Fès à l’ouest. En 1955 on lui a confié aussi le secteur d’El Kelaa des Sraghnas. Il connaît donc bien la montagne berbère. Il a eu ensuite l’occasion d’enseigner en vacataire à l’Institut Hassan II à Rabat et de codiriger une thèse sur la cédraie. Avant sa prise de poste à Demnate, il avait fait un voyage d’étude en 1950 et visité la plupart des régions forestières du Maroc. En 2004, avec des amis de l’Amicale des Anciens Forestiers du Maroc, il a eu à Marrakech des contacts avec le service forestier régional qui a organisé deux sorties, l’une à Amizmiz et l’autre dans la vallée de l’Ourika.


Les forêts du pays

Le Maroc compte aujourd’hui 4.500.000 ha de forêts réparties en 5 zones principales : le Rif (pin maritime, sapin du Maroc, chêne zeen) ; la plaine occidentale avec notamment la grande subéraie de la Mamora entre Rabat et Meknès (à laquelle se substituent de plus en plus des plantations d’eucalyptus alimentant l’usine de cellulose de Sidi-yaya-du-Gharb), mais aussi thuya de Berbérie (Tetraclinis articulata), chêne vert, pin d’Alep ; le Moyen Atlas (chêne-liège de la région de Taza, cèdre, chêne vert) ; le Haut Atlas (chêne vert surtout) et la région d’Agadir-Essaouira (Mogador) caractérisée par l’arganier et le thuya. Ce dernier et le chêne vert couvrent à eux seuls 2.500.000 ha, le cèdre 140.000 ha, le chêne-liège 450.000 ha. Il faut y ajouter, car gérées par les Eaux et Forêts, les nappes alfatières du Maroc Oriental (2 millions d’ha). Les forêts de la région de Marrakech, nettement moins prospères que celles du nord, en raison du climat plus sec, couvrent le flanc ouest et nord du Haut Atlas depuis le nord-est de Marrakech (région de Demnate) jusqu’à l’est (Ourika), et au sud (région d’Amizmiz) et à l’ouest (région de Chichaoua mais bien au sud de cette localité dont les environs sont déforestés depuis longtemps). Elles couvrent de l’ordre de 500.000 ha. Ces forêts, biens du Maghzen (de l’État), sont frappées de droits d’usage au profit des populations riveraines à condition qu’elles soient marocaines et musulmanes : bois de chauffage, pâturage des troupeaux et coupe de perchettes pour les terrasses des maisons.



Propriété de la forêt

L’attribution de la propriété des forêts à l’État et non aux tribus peut sembler curieuse. Le dahir (loi) de 1915 en a décidé ainsi en vertu de la loi coranique qui attribue la propriété d’une terre à celui qui la défriche, sauf en ce qui concerne les forêts en raison des rôles collectifs qu’elles assurent. Bien entendu les tribus berbères se sentaient lésées, réduites au rôle de pourvoyeuses de main d’œuvre bon marché pour les exploitants forestiers, alors que leur attribuer la propriété de leurs forêts aurait été tout aussi conforme à la loi coranique. C’est pour cela que, dès la fin du Protectorat, les tribus ont été intéressées aux bénéfices des forêts, recevant à cette époque 20 % des recettes, pourcentage augmenté depuis (50 % ?). La principale essence forestière est le chêne vert qui forme des forêts continues depuis la charnière Moyen Atlas/ Haut Atlas (au sud de Béni-Mellal) jusque dans la région d’Amizmiz, en bioclimats semi-aride et sub-humide (étages de végétation eu-méditerranéen et supra-méditerranéen). Elles ont été fortement exploitées pour fournir aux citadins de Marrakech et Casablanca bois et surtout charbon de bois. A cela s’ajoutèrent pendant la seconde guerre mondiale les besoins pour les gazogènes. Ces exploitations qui fournissaient 100.000 à 150.000 stères environ dans les années 1950 se sont fortement ralenties depuis car la ressource s’épuisait et les surfaces mises en défens, c’est-à-dire interdites au pâturage pour permettre aux rejets de se développer, devenaient trop grandes, privant de ressources les tribus montagnardes et exposant les mises en défens à de multiples délits. Le pin d’Alep forme sur les piémonts de l’Atlas, en bioclimat semi-aride (étage thermo-méditerranéen), des boisements discontinus. Il en existe, au cœur de la montagne, dans la haute vallée de la Tessaoute, des forêts peu étendues mais dont les arbres ont une bien meilleure forme que leurs homologues du piémont. Elles ne donnent pas lieu à exploitation. Contigu au pin d’Alep et à une altitude légèrement plus forte, mais toujours dans le semi-aride, le thuya de Berbérie (Tetraclinis articulata) forme des boisements continus mais clairsemés, notamment à l’ouest de Demnate sur le trajet qui mène aux cascades d’Ouzoud, au sud d’Amizmiz et en piémont à quelques dizaines de km au sud de Chichaoua. Il n’est guère exploité dans cette région alors qu’il est source majeure de bois et de charbon plus à l’ouest, vers Mogador et Tamanar.


Espèces forestières particulières

Deux espèces forestières particulières méritent mention. Dans la vallée de la Tessaoute, au sud-est de Demnate, près du poste forestier des Aït-Tamellil, existe un petit bois de pin maritime, de quelques ares (il existait encore en 1956 mais aujourd’hui ?), véritable exception botanique, aux formes trapues. Et au sud de Marrakech, le cyprès de l’Atlas (Cupessus atlantica), dans la vallée de l’oued N’Fis, est aussi une originalité, couvrant sous forme de futaies claires de plus grandes surfaces, de l’ordre de 5.000 ha. Ces boisements de cyprès font bien sûr l’objet d’une protection attentive ; à terme, ils pourraient donner lieu à une sylviculture permettant la récolte de perchettes car il peut atteindre une dizaine et même une vingtaine de mètres de haut et même éventuellement à des reboisements. A noter aussi les noyers dans les vallées, dont l’exploitation est soumise à autorisation, donnée seulement sur engagement de replantation de jeunes sujets. Ces forêts sont peu productives : le chêne vert par exemple ne peut fournir en moyenne que 0,8 stères de bois par hectare et par an. Les aménagements des forêts de la région de Marrakech, réalisés depuis l’Indépendance, mettent d’ailleurs l’accent sur les rôles climatiques, anti-érosion et touristiques de ces étendues boisées plus que sur leur capacité à fournir du bois. La diminution de la pression du pâturage et des exploitations est certainement favorable à une reprise de vigueur des forêts.


Travaux des forestiers français

Le service forestier assurait aussi, outre la délimitation des forêts (fixation des limites du domaine de l’État contradictoirement avec les autorités civiles et les riverains, tâche qui ne s’est terminée qu’après l’Indépendance), des tâches de reboisement, mais d’assez faible envergure dans la région de Marrakech.

Cependant de grandes plantations d’eucalyptus en brise-vent avaient été effectuées dans la plaine d’El Kelaa des Sraghnas, au nord, non loin de la route Marrakech-Fès. D’une tout autre ampleur étaient les travaux de Défense et Restauration des Sols (DRS), réalisation de banquettes de niveau, pour éviter le ruissellement des eaux de pluie et l’érosion de la terre meuble. Elles étaient de deux types : périmètres en terrains collectifs, plantés surtout d’eucalyptus (il y avait ainsi des travaux assez importants près d’El-Kelaal-des-Sraghnas, dans les Djebilet, ces collines de terrains primaires qui bordent la plaine à une vingtaine de km au nord-ouest de l’Atlas ainsi que dans le bassin versant du barrage de Lalla Takerkoust, entre Amizmiz et Marrakech qui avait été en grande partie reboisé) ; périmètres en propriétés privées où l’on installait amandiers ou oliviers. Si les semis d’amandiers n’ont pas toujours été un succès (pas de fructification, pour une raison non élucidée), les propriétaires y ont gagné la stabilité de leurs terrains (le labour ne pouvait plus s’effectuer que selon les courbes de niveau et le ruissellement était stoppé). Alors que ces travaux, très actifs au début des années 1950, étaient sous le contrôle du Service de la DRS, appartenant lui-même à la Direction générale des Eaux et Forêts, les premiers, bien antérieurs, avaient été réalisés dès avant la guerre, alors que le service n’était pas encore créé, dans les Djebilet, près de Marrakech. Ils avaient permis de réactiver des sources. Pistes d’exploitation, maisons forestières reliées par téléphone, activités diverses : les forestiers français ont laissé, à l’Indépendance, un service structuré et des tâches bien définies que leurs successeurs marocains ont continuées avec enthousiasme et compétence.


Maurice Bonneau


Les photos de cet article sont extraites du mémorial de l’Amicale des Anciens Forestiers du Maroc que Maurice Bonneau a en grande partie rédigé en 2006 et du livre “Forestier dans le Haut Atlas, Maroc, 1952-1956”qu’il a publié à L’Harmattan. Pour leur autorisation de publication, nous remercions René Jacquot, Henri Marchand et la Revue forestière française.

Contraction de l’expression « diversité biologique », la biodiversité est synonyme de « variété du monde vivant ». Elle est le tissu vivant de la planète, l’ensemble des formes de vie, leurs relations entre elles et avec leurs milieux.

La vie du sol


Point de rencontre du monde végétal, animal et minéral, le sol est la base d'un cycle de vie sur notre planète. C'est un système dynamique qui naît (sol jeune), évolue (sol mûr) et meurt (sol dégradé) à l’échelle des siècles et des millénaires. C'est un milieu vivant, qui se forme lentement, où des multitudes d’espèces animales et végétales vivent en interdépendance. Il faut apprendre à utiliser les sols en fonction de leur diversité. Certaines civilisations l’ont su : versants transformés en terrasses, aménagement de polders ou de bocages, etc. Souvent, les sociétés humaines ont gravement dégradé les sols et le XXème siècle en est une preuve indiscutable.


Naissance du sol

Le sol provient de la décomposition et de l’altération des roches par l'action de l'eau, de l'air et des êtres vivants. La roche mère, quand elle est altérée par les forces du climat et du relief, donne des argiles, des limons, des sables et des minéraux (calcium, magnésium, fer, aluminium, etc.). Des plantes colonisent ce substrat minéral engendrant de la matière organique. Les débris des végétaux sont broyés par la faune et l’action des microbes du sol et donnent l’humus. Cette matière organique recyclée sur place permet de nourrir d'autres plantes plus exigeantes, des animaux et l'homme. Le sol se modifie au cours du temps. Il croît par le haut (litière végétale et animale) et par le bas (dégradation de la roche-mère) jusqu’à établir un équilibre : c’est la maturité du sol. Le sol vieilli se dégrade par l’action du vent, la disparition de la couverture végétale, la coupe abusive des bois, le surpâturage, le brûlis, l'érosion, le mauvais labour, la destruction des microorganismes du sol (pesticides…). Deux catégories de matériaux composent le sol :


  • les sables et les limons, matière inerte et charpente du sol. Ces différentes particules minérales donnent une texture au sol dont dépend sa capacité de rétention en eau.

  • l’argile et l’humus qui donnent la structure, abritent les micro-organismes et nourrissent les plantes. Le "complexe argilo-humique" formé de matières organiques et minérales permet les échanges dans le sol.


1000g de bonne terre se composent idéalement de : 600g de sable grossier et fin ; 200g de partie minérale très fine : argiles et limons ; 75g de calcaire de toute grosseur ; 125g d’humus (et débris organiques). L'air et l'eau représentent 50 % du volume d'un sol. Les micro-organismes animaux et végétaux représentent 500 g /m2 sur 30 cm de profondeur.


Les acteurs de l’évolution du sol

L’eau est le solvant universel, le support de la vie dans la terre nourricière et partout sur la planète, elle entraîne les éléments solubles vers le bas (lessivage). L’humus est l’élément fondamental de la fertilité du sol, il provient de la matière organique, il est le support de la vie microbienne et la voie de recyclage des minéraux (la fertilisation). L’argile est la partie minérale active de la terre nourricière qui fixe et restitue les minéraux (Ca, Fe, Mg, Na) et l’eau. Le sol est loin de n’être qu’un milieu minéral. Dans un mètre carré de prairie vivent 250 millions d'individus qui représentent sous terre le poids de 2 vaches à l'hectare. On classe les animaux du sol en quatre catégories selon leur taille :


  • la microfaune (organismes inférieurs à 0,2 mm) : protozoaires et nématodes.

  • la mésofaune (entre 0,2 et 4 mm) : essentiellement des acariens et des collemboles.

  • la macrofaune : (entre 4 mm et 80 mm) : ce sont les vers de terre, fourmis, certains carabes, cloportes, myriapodes, limaces, escargots, araignées…..

  • la mégafaune (plus de 10 cm) : les vertébrés : des mammifères, des reptiles et des amphibiens.


Les ouvriers sont les vers de terre, cloportes, mille pattes et autres insectes qui transforment la matière organique en humus, fabriquent le compost, labourent finement le sol (200 000 individus au m2). Les micro-organismes (amibes, protozoaires, bactéries, algues, champignons) mélangent, aèrent, drainent, et compostent le sol. Ces micro-organismes assurent la biodégradation de la matière organique, la production de nutriments pour les plantes, la fixation d’azote, la dégradation des polluants. Ils font fonctionner à 90% les cycles du carbone, de l’azote, du phosphore, sont responsables des gaz à effet de serre (C02, N2O, CH4).


 La relation aux autres éléments

Les sols sont à l’interface entre l’atmosphère, la lithosphère, l’hydrosphère et la biosphère. Le sol est en relation avec les autres éléments naturels. Le soleil fournit l'énergie aux plantes. L’eau de pluie, la neige pénètrent dans le sol en apportant des éléments dissous provenant de l'air. L’air fournit l’azote et le carbone captés et fixés par les plantes. Les plantes restituent au sol l'ensemble des éléments fixés (carbone, azote, minéraux). Par l'intermédiaire de l'homme, les matières organiques, le compost, les engrais verts, les résidus de récolte, contribuent à la vie du sol et fournissent les substances nutritives nécessaires pour alimenter les plantes.


Stratégies
du dévelop
pement




Pierre Rabhi, le sourcier


Homme aux multiples facettes, Pierre Rabhi est un agriculteur, écrivain et philosophe français d'origine algérienne. Comme agriculteur, il est l’un des pionniers de l'agroécologie, qu’il faut distinguer de l’agriculture biologique avec laquelle elle peut entretenir certains liens. Comme écrivain, il est l’auteur de nombreux ouvrages publiés à partir de 1983 et mêlant souvent la rigueur scientifique à la sensibilité poétique. Comme penseur et philosophe, il est le chantre du respect de la Terre-Mère et ne craint pas d’être engagé dans des mouvements qu’il a initiés, prônant l’écologie, la décroissance ou sobriété heureuse, l’insurrection des consciences, la défense des plus démunis. Sa pensée propose un type de développement humain respectueux des hommes et de la terre. La voie royale est pour lui le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus défavorisés, tout en préservant les patrimoines nourriciers. Ses actions depuis 1981 dans les pays arides d'Afrique, en France et en Europe sont une sorte de « politique par la preuve » cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux populations. Il est aujourd'hui reconnu comme expert international pour la sécurité alimentaire et a participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification. Il est l’initiateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme.


La chaîne du Vivant pour Pierre Rabhi

A l’heure où la crise écologique mondiale fait vaciller nos certitudes, il est impératif de se questionner sur le Vivant pour mieux le comprendre et le préserver. L’agroécologie défendue par Pierre Rabhi le fait à sa manière et ce qu’elle en affirme préside à son développement partout, Maroc compris.


La persistance de modèles dominants

Quelques mythes courants, plus ou moins décriés, entourent encore de nos jours l’idée que les hommes se font du Vivant : l’affirmation selon laquelle l’évolution ne serait qu’une théorie et non un fait ; l’idée que l’évolution relèverait d’une échelle de progrès successifs ou d’une « chaîne du Vivant » ; l’existence déclarée d’un chaînon manquant ; la déclaration dominante qui ne voit que les plus forts survivre. Pierre Rabhi se positionne sur ces questions en affirmant clairement l’existence d’une « chaîne du vivant ».


Ce qu’est le Vivant pour Pierre Rabhi

A minima, la chaîne du Vivant installe une relation entre toutes les choses. Pierre Rabhi l’affirme en reprenant une déclaration du chef indien Seattle : « Toutes les choses sont reliées entre elles comme le sang est le lien entre les membres d’une même famille » (1854).

On trouve sur le site des Colibris un passage résumant ce qu’engage cette interconnexion :


  • Dans ces relations d’interdépendance, chaque élément joue un rôle spécifique dans l’équilibre de l’écosystème et les différents écosystèmes s’interconnectent pour former la biosphère ;

  • Dans le cycle de la vie, rien ne se perd et tout se crée, et l’un des déchets les plus dangereux est l’électricité nucléaire ;

  • Il faut à présent reconsidérer la chaîne du Vivant, réduire l’empreinte écologique, réadapter nos modes de vie à la capacité biologique de la terre (d’où la décroissance et la « sobriété heureuse »). L’agroécologie est alors une alternative fondamentale.

  • Pour nos valeurs, la Terre est objectivement une Mère ; terre, végétal, animal et humain sont indissociables ;

  • Comme la terre a besoin de temps pour renouveler ses ressources et absorber nos déchets, il faut abandonner le surrégime insoutenable pour la planète.


Quelques passages de L’Offrande au Crépuscule de Pierre Rabhi illustrent ces affirmations ;


  • « Ne perdons pas de vue ce qui sert de guide : la solidarité du vivant » ;


  • « Prenons le cas d’un paysan du Sahel. Il demande à la nature de lui assurer sa nourriture. Pour cela, il utilise la terre. Il se rend compte que, dans la chaîne, la terre nourrit le végétal, le végétal nourrit l’animal et lui, homme, se nourrit du végétal et de l’animal ».


  • « Cet humus, en se combinant à des minéraux libérés par la roche, est à l’origine du dynamisme de la vie. Ainsi, de la mort jaillit la vie. Plus l’humus s’accroît, et plus la vie s’épanouit et s’exacerbe en immenses forêts qui doivent sans cesse trouver l’équilibre entre les végétaux, les animaux, les insectes, les microbes, etc. Une diversité si vertigineuse qu’il est impossible d’en saisir tous les aspects et les lois. Les forêts absorbent l’eau tombée du ciel par leurs racines et la restituent par leurs feuilles, ce qui provoque des nuées qui retombent, et ainsi sans fin. Des masses de végétaux meurent et se transforment pour maintenir l’humus vivant. Ainsi se sont établies les règles depuis les origines sans qu’il y eut besoin d’arroser ou de sarcler. C’est dans ce gigantesque mouvement de la vie et de la mort que la terre puise sa fécondité ».


Une poétique de l’enchantement et une politique de la modération

Cette attitude est résolument politique en ses fondements. Elle s’exprime d’ailleurs chez lui sans discontinuer par des chartes éthiques, des manifestes et des mouvements, dont le Mouvement pour une insurrection des consciences. Celui-ci rappelle que pour Pierre Rabhi, si les partis politiques sont utiles, ils présupposent toujours à ses yeux les nécessaires prises de conscience individuelles et désirs de vivre en solidarité avec les autres. D’où le « principe du Colibri » chez Rabhi : résister à la logique capitaliste du profit, lui préférer individuellement la logique du vivant à travers tous nos modes de comportements (de la production à la consommation), pour fonder collectivement une civilisation de la modération. L’agroécologie est, dans cette perspective, le levier majeur pour répondre aux problèmes mondiaux : le métier le plus indispensable à la collectivité humaine est le travail de la terre ; produire et consommer localement est la grande priorité ; on peut nourrir l’ensemble de l’humanité sans intrants chimiques et mécanisation excessive ; il faut tirer parti des savoirs et savoir-faire traditionnels ; la reconnaissance du féminin est une composante essentielle de l’histoire humaine ; il faut compter sur l’autoalimentation et l’autonomie qui redonnent de la dignité aux plus démunis ; directives et options politiques doivent donc soutenir l’agroécologie. La chaîne du Vivant préside ainsi à la politique du Vivant.

L’agroécologie


Quelques définitions

Le terme d’agroécologie est utilisé dans cette rapide mise au point pour désigner une pratique agricole qui répond à la définition de Miguel Altiéri, Professeur de l’Université de Berkeley : « L'agroécologie est la science de la gestion des ressources naturelles au bénéfice des plus démunis confrontés à un environnement défavorable » (1995).

Elle impose de passer d’une logique d’exploitation du sol à une logique de gestion d’écosystèmes cultivés. Elle réconcilie le développement agricole avec la protection de l’environnement et la biodiversité.

La pratique agroécologique est aussi devenue un mode de production agricole faisant l'objet d'étude et se développe indépendamment de toutes considérations autres qu'agronomiques, à l'image des travaux menés dans ce domaine par le CIRAD et l'INRA.


Quelques différences

On peut différencier l’agriculture bio, la permaculture et l’agroécologie. L’agriculture biologique recouvre potentiellement le nombre le plus large de pratiques. Cultiver en bio veut dire ne pas utiliser d’intrants, ni de produits phytosanitaires issus de la pétrochimie. Pour autant, il existe un bon nombre d’agriculteurs bio, qui travaillent presque comme des agriculteurs conventionnels : cultures de plein champs, en rang, sur une terre dénudée, beaucoup de travail du sol, très peu de biodiversité, beaucoup de mécanisation.


L’agroécologie va plus loin. En plus de techniques comme le compostage, la recherche de complémentarité entre les espèces, la culture sur buttes…, elle va chercher à intégrer dans sa pratique l’ensemble des paramètres de gestion écologique de l’espace cultivé, comme l’économie et la meilleure utilisation de l’eau, la lutte contre l’érosion, les haies, le reboisement.


La permaculture n’est pas à proprement parler un système agricole. Son objet est plus vaste. Elle consiste à construire des installations humaines durables et résilientes. Elle va donc pouvoir intégrer l’ensemble des bonnes pratiques de l’agriculture biologique et de l’agroécologie mais également les énergies renouvelables, l’écoconstruction… Ses applications sont multiples : villes, entreprises, économie, énergie…L’esprit de la permaculture est de relier tous les éléments d’un système les uns avec les autres, y compris les êtres humains. Tout particulièrement, la permaculture va chercher à recréer la grande diversité et l’interdépendance qui existent naturellement dans des écosystèmes naturels, afin d’assurer à chaque composante, et au système global, santé, efficacité et résilience. C’est un fonctionnement en boucle où chaque élément vient nourrir les autres, sans produire de déchets « exportables ». Dans son application agricole, la permaculture s’inspire beaucoup des forêts où le sol n’est pas travaillé.


AFEMAC propose une agroécologie inspirée de Pierre Rabhi. Ses formateurs expérimentent les convergences entre agroécologie et BRF en s’inspirant des sols forestiers. L’objectif premier d’AFEMAC est celui de l’autonomie alimentaire (se nourrir, nourrir sa famille et sa communauté). D’où la priorité accordée aux jardins familiaux agroécologiques.


Applications de l’agroécologie

Dans les pays pauvres, l’agroécologie est un outil de développement : elle met l’accent sur l’équilibre durable du système sol-culture, elle permet de réduire les apports d’intrants, elle apporte aux cultures une meilleure capacité de résistance aux épisodes de sécheresse (notamment en Afrique). Pour Olivier de Schutter, rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme à l'Organisation des Nations unies, « il faut changer de cap, les recettes anciennes ne valent plus aujourd’hui. Les politiques de soutien à l'agriculture visaient à orienter l'agriculture vers l'agriculture industrielle ; il faut à présent qu'elles s'orientent vers l'agroécologie partout où cela est possible » L’agroécologie revitalise les sols cultivés avec des pesticides. De nombreux pays ont des programmes de restauration des paysages ou d'écopaysages ruraux.


Ressources bibliographiques

Robert MOREZ, Les Cahiers de l'agroécologie.

Il s’agit de 12 cahiers sur la biosphère ; le sol ; la plante ; l’eau ; la matière organique et les éléments minéraux ; les cultures légumières, fourragères, vivrières ; les plantes et leurs usages ; l’arboriculture ; l’agroécologie tropicale ; la floriculture ; les élevages en agroécologie ; le phytosanitaires/


cariassociation.org



Visages de l’agroécologie


L'agroécologie comme discipline scientifique

Elle est émergente et d’une certaine complexité. Son objet est l’étude des agroécosystèmes. Miguel Altieri (Université de Berkeley) en est le pionner et il est à ce titre sollicité régulièrement par le PNUE. L’agroécologie est l’application de la science écologique à l’étude, à la conception et à la gestion d’agroécosystèmes durables. Elle cherche donc à améliorer la durabilité des agroécosystèmes en imitant la nature plutôt que l’industrie. Les thématiques relatives à l’agroécosystème portent sur :


  • les relations des systèmes de culture avec les ressources naturelles (eau, sol, paysage, biodiversité) ;

  • la conception de nouveaux systèmes de culture.


Ces thématiques mobilisent l’agronomie, l’écologie, les sciences des micro-niveaux d’analyse (sciences du végétal et sciences du sol) et les sciences des macro- niveaux (climatologie, science de la terre, sciences des paysages). L’agroécologie est la science des interactions « plantes-animaux-milieux-pratiques » utilisant les concepts et principes de l’écologie pour concevoir et piloter des systèmes de production durables. Elle étudie les questions de compatibilité entre impératifs écologiques (préservation et conservation des écosystèmes) et impératifs agronomiques (production et valorisation de l’agriculture régionale) :


  • utilisation des prairies permanentes : comment concilier leur valeur d’usage fourrager et leur valeur environnementale ;

  • préservation des zones humides : comment lutter contre l’excès d’eau sans compromettre la biodiversité ;

  • remplacement d’une technique par une autre plus respectueuse de l’environnement ;

  • remplacement d’un herbicide par le travail du sol ; remplacement d’un pesticide par un agent de lutte biologique ;

  • proposition de pratiques agricoles intégrées favorisant les populations indigènes et défavorisant les populations nuisibles (rotation, cultures intercalées, gestion des espaces hors-champs).


L'agroécologie comme éthique

L’agroécologie est un mouvement citoyen et une philosophie. Le mouvement est étroitement lié à la pratique agroécologique. Mais il se développe aussi indépendamment de considérations agronomiques. En France, Pierre Rabhi en est le principal représentant et prône une démarche globale associant le développement agricole à la protection de l’environnement, à la reconnaissance des savoirs et savoir-faire paysans. Il s’agit d’une agriculture à orientation qualitative intégrant les dimensions économiques et sociales de la vie humaine. Avec Pierre Rabhi, ce mouvement est l’inventeur du concept « Oasis en tous lieux » et l’initiateur de Terre et Humanisme :


« s'appuyant sur un ensemble de techniques inspirées de processus naturels comme le compostage, le non-retournement du sol l'utilisation de purins végétaux, les associations de cultures [...], l'agroécologie permet aux populations de regagner autonomie, sécurité, salubrité alimentaire tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers. Parce qu'elle est fondée sur une bonne compréhension des phénomènes biologiques qui régissent la biosphère en général et les sols en particulier, elle est universellement applicable. Bien comprise, elle peut être à la base d'une mutation sociale.  Elle est une éthique de vie qui introduit un rapport différent entre l'être humain, sa terre nourricière et son milieu naturel, et permet de stopper le caractère destructeur et prédateur de cette relation ».


La philosophie de l’agroécologie est l’amour de la terre. L’agroécologie est pour Rabhi une insurrection des consciences qui pourrait être à l’origine d’une mutation sociale. C’est pourquoi elle devrait être un mot d’ordre planétaire.
L’agroécologie en zone aride

Pour les zones arides, l’agroécologie présente de nombreux atouts. Elle a d’abord une forte capacité d’adaptation car elle cherche à restaurer les sols dégradés sans les détruire, à maintenir ou améliorer leur fertilité, à y conserve mieux l’eau et à développer la biodiversité locale. Dans sa visée de restauration des sols en zones arides, l’agroécologie propose une série d’opérations correctives. Il s’agit d’abord de pratiquer un travail du sol qui ne bouleverse pas sa structure, son ordonnancement entre surface et profondeur. Quand elle est en présence d’un sol en voie de minéralisation rapide, elle recourt à une fertilisation fondée sur les engrais verts, le compostage, la fermentation des déchets. Elle permet donc de produire un humus stable que l’on peut structurer et dont on peut améliorer la capacité d’absorption, d’aération, de rétention de l’eau du sol. Rejetant les pesticides et intrants néfastes, elle propose des traitements phytosanitaires faisant appel à des techniques naturelles et à des produits biodégradables. Elle privilégie les variétés animales et végétales permettant l’adaptation aux divers territoires, avec la mise en valeur des espèces traditionnelles reproductibles par les communautés concernées. Elle recommande la gestion économe de l’eau (goutte à goutte, bassin de récupération des eaux de surface et de pluie, couverture des sols par le paillage). Hostile à la monoculture et au déboisement des espaces cultivés, elle propose au contraire le reboisement des surfaces disponibles et dénudées avec une diversité des arbres utiles, forestiers et fruitiers. Elle prône les haies vives pour la protection contre les vents et la création de petits écosystèmes favorables au développement des plantes cultivées et au maintien d’une faune et d’une flore utiles. Enfin, elle réhabilite la prise en compte des savoir-faire traditionnels quand ils vont dans le sens d’une gestion écologique et économique du milieu.

La gestion intégrée de l’eau au Maroc



La préhistoire de la gestion de l’eau

Au Maroc, le premier texte se rapportant à l'eau date de 1914. Il s'agit du dahir du 1er juillet 1914 sur le domaine public qui, complété par les dahirs de 1919 et 1925, intègre toutes les eaux, quelle que soit leur forme, au domaine public hydraulique, à l'exception des eaux sur lesquelles des droits ont été légalement acquis. Le roi Hassan II a initié en 1967 une politique volontariste de barrages qui a permis d’étendre la superficie des terrains irrigués à 1,5 million d’hectares. De nos jours, cette politique de l’offre a abouti à 117 barrages. Jusqu’en 1995, la législation marocaine actuelle relative à l'eau se présentait sous forme d'un ensemble de textes épars, mis à jour par étapes à des dates différentes. Omniprésent dans les villages dans sa version orale, .l’Azerf qui relève du droit coutumier est un ensemble de règles produites par la communauté villageoise pour gérer un domaine précis, les règles de gestion de la khettara n’y sont pas écrites et peuvent changer d’une année à l’autre, Par ailleurs, Le droit islamique considère que la propriété de la terre implique une propriété de l’eau, alors que le droit coutumier prévoit le contraire. Enfin, l’administration du protectorat a créé des instances centrales pour la gestion de l’eau à trois niveaux de l’Intérieur, l’Equipement et l’Agriculture. A partir des années 1980, l’Etat a commencé à se désengager et à ouvrir la voie à la concertation et à l’implication d’autres acteurs, notamment les usagers. Cela s’est traduit par la création du Conseil supérieur de l’Eau et du Climat en 1981 et l’établissement des plans directeurs de développement des ressources en eau des bassins hydrauliques.


Le tournant de 1995

En 1995,  tous les textes de la loi sur l’eau ont été unifiés dans la Loi 10-95 sur l’eau. Cette loi a visé l’unification par la mise en place d’une politique nationale de l’eau : planification des ressources en eau, tant à l'échelon du bassin hydraulique qu'à l'échelon national ; mobilisation optimale et gestion rationnelle de toutes les ressources en eau, dans le cadre d’une unité géographique, le bassin hydraulique, et de 9 agences de bassins, établissements publics, dotées de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Cette loi prend en compte la répartition des ressources en eau, la protection de la santé de l'homme, la lutte contre la pollution des eaux, l'amélioration des conditions d'aménagement et d'utilisation des eaux à usage agricole, la création d'une police des eaux.


Un dispositif complexe de gestion de l’eau

La loi de 1995 sous-tend un cadre institutionnel fondé sur la concertation pour promouvoir une gestion intégrée des ressources en eau. Un triptyque institutionnel est posé :


  • Le Conseil Supérieur de l'Eau et du Climat où sont représentés tous les intervenants dans le secteur de l’eau : le Gouvernement, les agences de bassins, les établissements publics -ORMVA, ONEP, ONE-, lesétablissements d’enseignement supérieur et de larecherche scientifique exerçant dans le domaine de l’eau, les collectivités locales, les régies de distribution, les sociétés délégataires, les associations d’usagers, les associations professionnelles et scientifiques, etc.. ;

  • les Agences de Bassins Hydrauliques qui ont, en plus de leurs missions légales d’évaluation, de planification, de gestion et de protection des ressources en eau, un rôle fédérateur de tous les acteurs de la gestion de l’eau à l’échelle du bassin ;

  • des Commissions Préfectorales/Provinciales de l’Eau qui constituent un cadre de concertation local qui regroupe, outre les collectivités locales, les services provinciaux de l'Etat et les associations socio-professionnelles

  • A cette configuration s’ajoute encore la Commission Interministérielle de l’Eau instituée suite aux recommandations à la 9ème session du Conseil Supérieur de l’Eau et du Climat en 2001.


Cependant, malgré l’existence d’un tel cadre institutionnel, on peut affirmer 20 ans après que les attributions de chacun des acteurs n’ont pas atteint l’efficience nécessaire. De plus, le seul organe de régulation opérationnel que forme la Commission Interministérielle de l’Eau a cessé d’être actif depuis des années. Et les Agences de bassins hydrauliques manquent d’autonomie et de moyens.


Les nouveaux ajustements

Dans le cadre de la stratégie nationale de l’eau initiée en 2009, il s’agit de pousser les mobilisations des ressources non conventionnelles à la limite du réalisable : dessalement d’eau de mer, réutilisation des eaux usées épurées, déminéralisation des eaux saumâtres, exploitation de l’humidité de l’atmosphère, tout en agissant parallèlement sur la rationalisation de la demande. Peu à peu s’est imposée une gestion intégrée de l’eau.   A partir de La loi 11-03 du 12 mai 2013, la protection et la mise en valeur de l’environnement sont devenues des préoccupations importantes. On prend mieux en compte les risques liés à la surexploitation de nappes à faible taux de renouvellement, les capacités théoriques de stockage des barrages et les capacités réelles du fait de l’envasement, les décalages entre les temps de stockage par barrage et d’irrigation, et la perte par évaporation qui en découle, et finalement, la faible réutilisation des eaux usées épurée Les obstacles à la gestion intégrée de l’eau au Maroc restent encore trop nombreux : insuffisante sensibilisation des usagers à l’économie d’eau ; surexploitation des ressources en eau souterraines ; pollution des ressources ; retards dans la réalisation de programmes ( irrigation, assainissement liquide).

Séguia, matfia, khettara


Dans les pays en développement, on manque souvent d’infrastructures d’alimentation en eau potable, tout particulièrement dans les zones rurales. Au Maroc, où c’est le cas, il existe, à côté de la connexion au réseau d’adduction s’il existe, aux bornes fontaines, aux forages, puits et sources, des systèmes archaïques d’approvisionnement en eau qui se nomment saguia, matfia, khettara. Alimentés par l’eau de pluie ou à partir des eaux de rivière, ils sont utiles en période de sécheresse, alors même que l’eau y est souvent utilisée sans traitement.


Difficultés du Maroc rural

Au Maroc, la population rurale est répartie sur près de 32 000 douars de moins de 500 habitants. Dans certaines régions, les douars eux-mêmes sont «éclatés» en plusieurs groupes d'habitations pouvant aller jusqu'à une dispersion totale de l'habitat. 85% des ressources en eau du pays se trouvent sur 1/3 du territoire. Dans ces conditions, tout système public de desserte en eau courante ne pourrait être réalisé qu'au prix de grands investissements et de frais de fonctionnement et de maintenance élevés.


Matfia

On la nomme « magden » en Algérie, « matfya » dans le Rif ou « lavogne » en France. Les Romains et les Arabes ont construit des citernes enfouies dans le sol et captant les eaux du toit. Il existe 51 citernes enfouies ( aljibes) dans la province d’Alméria en Espagne. Ces ouvrages ingénieux sont nombreux dans la montagne du Haut et Moyen Atlas. La matfia est un bassin de rétention et réservoir d’eau de pluie pour l’eau de consommation. L’eau de pluie y est recueillie à partir des toits ou de surfaces de captage et passe par un petit bassin de décantation aménagé juste à l’entrée du réservoir. A la sortie, il existe un orifice d’évacuation du trop plein. Le réservoir qui est d’une superficie inférieure à 40m3 peut être de surface ou enterré. Les façades externes sont construites selon la technique de la pierre sèche. Chaque famille paysanne en possède au moins une. Il existe aussi des mefias collectives et publiques, alimentées par des séguias dans le sens de la pente. La qualité de l’eau récoltée y est souvent affectée de pollution diffuse, liquide et solide. Il en résulte de sérieux problèmes de santé publique.


Khettara

La khettara est une méthode utilisée dans tout le monde arabe et connue sous des appellations différentes (foggara en Algérie, Qanat en Iran). Une khettara est un alignement de puits reliés entre eux par une galerie drainante. A l’amont, un puits-mère est foré jusqu’à ce que la couche aquifère soit touchée : c’est la « tête de la khettara ». Ensuite, on creuse une galerie d’aval en amont en pente douce, pour atteindre la zone humide. Enfin, l’eau ruisselle dans la galerie pour être récupérée à l’aval et distribuée entre les personnes concernées. L’avantage majeur de ce système est qu’il limite la perte d’eau par évaporation. .Les khettaras se situent dans le Haouz près de Marrakech, où on en dénombre 900km, et dans la partie méridionale de l’Atlas ( oasis de Tinejdad).


Pérennité de ces dispositifs ?

L’entretien des infrastructures mentionnées ci-dessus relève des communautés d’irrigants ou d’utilisateurs et donc d’un fonctionnement – associatif le plus souvent - consacré à une gestion traditionnelle de l’eau selon le droit coutumier (priorité de l’amont sur l’aval, par exemple). Cela ne va pas sans problèmes récurrents, le transfert de compétences de l’Etat pouvant conduire à des cassures entre communautés comme entre les pouvoirs publics et les populations. La question centrale est de savoir si la forme d’organisation de type associatif est celle qui convient le mieux à une gestion de type traditionnel et si cette gestion traditionnelle est la plus pertinente en situation de stress hydrique dans le pays tout entier. Ces systèmes – tout particulièrement les séguias – conduisent leurs utilisateurs à privilégier leurs propres intérêts aux dépens des intérêts communs. Au début des années 1970 est apparue la technique de la motopompe. Cela consiste à creuser un puits pour atteindre la nappe d’eau souterraine, à y insérer un tuyau par lequel l’eau remonte à la surface, le tout étant actionné par un petit moteur. L’eau est alors conduite par des tuyaux vers les parcelles à irriguer. Cette innovation a renforcé l’individualisme, a beaucoup transformé les techniques d’irrigation et affecté le fonctionnement hydrologique des nappes d’eau souterraines, des sources et des oueds en amont.

La lutte contre la pauvreté au Maroc


Selon le Haut-commissaire au plan, le Maroc aurait réalisé, en 2015, plus de 90% de l’ensemble des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), ce plan mis en place par l’ONU en l’an 2000. Le Haut-commissaire, Ahmed Lahlimi Alami, a toutefois reconnu (26 janvier 2015) que si le Maroc devrait être à la hauteur des OMD, "la répartition territoriale de ces réalisations montre une grande disparité, qui tire le Maroc vers le bas". On ne peut mieux avouer le caractère problématique de la situation marocaine sur cette question de la lutte dimensionnelle contre la pauvreté.


Une réalité marocaine problématique :
plusieurs rapports alertent sur cette situation.

Quelques chiffres

D’après le rapport de la FAO de 2015, 2 millions de Marocains vivent en dessous du seuil de pauvreté avec 12dh par jour, surtout en milieu rural ; 38% des enfants de moins de 5 ans souffraient d’anémie en 2011 (surtout par manque de fer) ; 4,3% des enfants marocains ont un poids bien en dessous de la normale en milieu rural. D’après un rapport de l’UNICEF de 2015, 20 000 enfants marocains de moins de 5 ans ont été tués par les maladies de la pauvreté. D’après l’OIT, les inégalités de revenus entre Marocains se sont accentuées de façon inquiétante entre 1990 et 2010 D’après un rapport de la Banque mondiale, 5% de la population, soit près de 5 millions de personnes, vit en situation de pauvreté. 25% la population, soit près de 8 millions de personnes, vit au seuil ou en dessous du seuil de pauvreté ; 50% de la population vivant au-dessus du seuil de pauvreté sont considérés comme « économiquement vulnérables  » aux maladies et invalidités, aux intempéries, ou à la perte d’un emploi. 40% de la population marocaine, soir 13 millions de personnes, font face soit à des difficultés pour maintenir un mode de vie modeste ou tout simplement pour survivre au jour le jour. 2,5 millions d’enfants, principalement des filles rurales, ne vont pas à l’école ; 83% des femmes en milieu rural sont toujours analphabètes Tous ces rapports convergent. Or, selon le rapport de 2015 du Haut-commissariat au plan (HCP), basé sur les chiffres de 2012, le Maroc a quasiment mis fin à l’extrême pauvreté, dépassant même les objectifs de l’ONU. On peut penser qu’il n’est pas facile d’admettre une situation si délicate qui réclame des moyens multiples pour sa réduction.


Les solutions habituelles pour sortir de la pauvreté

Depuis longtemps, les familles marocaines victimes de la pauvreté déploient des actions pour tenter de s’en sortir et ces actions sont bien connues. La migration d’un ou de plusieurs membres de la famille, en particulier à l’étranger, est la principale stratégie des ménages pour accéder à une situation de non pauvreté. Elle permet notamment les envois de fonds par les travailleurs marocains qui ont un emploi en Europe, qui prélèvent sur leurs salaires ou leurs retraites. Le fait pour une Marocain pauvre d’avoir un salaire est évidemment l’une des meilleures solutions. Cela lui permet d’honorer ses achats, d’emprunter si nécessaire auprès des banques plutôt que de dépendre des organisations de microcrédit ou de relations. Mais en zone rurale enclavée dominée par l’agriculture et secondairement par le petit artisanat, les emplois sont très souvent occasionnels et saisonniers. Seuls ceux qui ont des revenus réguliers et fiables peuvent épargner, planifier, survivre aux chocs, et investir dans des moyens d’existence secondaires. Parfois, le fait de posséder une habitation, si modeste soit-elle, permet d’en louer une partie pour en tirer un petit revenu additionnel


Repenser la pauvreté et agir autrement

Comme le déclare Esther Duflo, il faut repenser la pauvreté et à cet effet, élaborer une vision cohérente de la façon dont les pauvres vivent leur vie, en évitant de faire entrer leur réalité dans des modèles simples dispensateurs de solutions simplistes. Il faut essayer de comprendre la vie des pauvres dans toute sa richesse et sa complexité. Vivre au seuil de pauvreté (avec 16 roupies indiennes par jour, ou 1 dollar), cela implique un accès limité à l’information ; vivre dans un monde dont les institutions ne sont pas faites pour vous (pas de salaire, pas d’épargne-retraite prélevée automatiquement) ; ne pas savoir lire, écrire, compter ; ne pas savoir où mettre ses petites économies si on en a, etc. Il est difficile de savoir actionner le bon levier pour changer la situation de pauvreté de quelqu’un. Et sur ce point, en se livrant à des enquêtes comparées au plan mondial, Esther Duflo affirme par exemple que la microfinance a son utilité sans être pour autant le miracle ; que les soins médicaux dispensés aux pauvres leur font souvent plus de mal que de bien ; que les enfants des pauvres peuvent aller à l’école pendant des années sans jamais rien apprendre ; que les pauvres ne veulent pas des assurances santé qui leur sont proposées… Bref, « tant de solutions miracle d’hier se sont révélées être de mauvaises idées ». De quoi nous étonner et peut-être nous choquer ! Pour Esther Duflo, il n’existe pas de réponse universelle à la pauvreté. Mais il existe un « bon » comportement : essayer de comprendre en profondeur les problèmes spécifiques qui affectent les pauvres et tenter de trouver les moyens les plus efficaces d’intervenir Il faut alors accumuler des mesures modestes, chacune étant testée et mise en œuvre de façon appropriée.

Pratiques
agroéco
logiques


L'agroécologie comme
pratique agricole


En tant qu’ensemble de pratiques agricoles, l’agroécologie recherche des moyens d’améliorer les systèmes agricoles en imitant les processus naturels, donc en créant des interactions et synergies biologiques entre les composants de l’agroécosystème. Comme l’a écrit Pierre Rhabi (Passerelle Eco n9), elle comporte :


  • Un travail du sol qui respecte sa structure, son ordre naturel entre surface et profondeur, entre terre arable siège de micro-organismes aérobies et terre profonde souvent argileuse siège de micro-organismes anaérobies, elle ne bouscule donc pas le siège des micro-organismes présents dans les strates de la terre ;

  • La fertilisation organique qui se fait au moyen d’engrais verts et de compostage. Il s’agit d’une véritable nourriture pouvant être utilisée par les paysans les plus pauvres.

  • Les traitements phytosanitaires naturels, biodégradables, traditionnellement utilisés dans la lutte contre les parasites et les maladies ;

  • La sélection des variétés les plus adaptées aux terres cultivées, reproductibles localement et permettant une véritable autonomie ;

  • Une utilisation économe de l’eau et de l’irrigation, par une meilleure compréhension de l’équilibre eau-terre ;

  • Le recours à la source d’énergie mécanique ou animale la plus équilibrée, pour éviter le gaspillage et les équipements coûteux, sans nier le progrès, mais en l’ajustant aux contextes réels ;

  • Les aménagements antiérosifs de surface (diguettes, microbarrages, digues filtrantes) pour tirer parti au maximum des eaux pluviales, combattre l’érosion des sols et les inondations, recharger les nappes phréatiques ;

  • La constitution de haies vives pour la protection des terres cultivées contre le vent et pour constituer de petits systèmes favorables au développement des plantes cultivées, au bien-être des animaux, au maintien d’une faune et flore auxiliaires utiles ;

  • Le reboisement des terrains disponibles et dénudés pour produire des combustibles, de la pharmacopée naturelle, la nourriture humaine et végétale, la régénération des sols ;

  • La réhabilitation des savoir-faire traditionnels concernant une gestion écologique économique du milieu, ce qui nécessite une pédagogie adaptée aux acteurs de terrain.


On voit donc que l’agroécologie permet d’obtenir des conditions plus favorables pour la croissance des végétaux, en gérant la matière organique et en augmentant l’activité biotique du sol. Elle met l’accent sur l’équilibre durable du système sol-culture en diminuant le volume des intrants et elle rend donc les paysans plus autonomes. Ses principes fondamentaux sont : le recyclage des éléments nutritifs et de l’énergie sur place plutôt que l’introduction d’intrants extérieurs ; l’intégration des cultures et du bétail ; la diversification des espèces et des ressources génétiques des agroécosystèmes dans l’espace et le temps ; l’accent mis sur les interactions et la productivité à l’échelle du système agricole tout entier plutôt que sur des variétés individuelles. Elle impose une couverture végétale permanente, l’absence de labour, la rétention d’eau par le sol. Elle réduit donc les besoins d’irrigation. Les cultures ont alors une meilleure capacité de résistance aux conditions difficiles (sécheresse, sols appauvris…). Et les connaissances y sont élaborées à partir de l’expérience des agriculteurs.


La culture sur buttes


Définition :
Symboles de l’agroécologie et de la permaculture, les buttes sont des techniques de cultures mises en place pour résoudre des problèmes d’irrigation et de fertilité. Certains distinguent deux fonctions des buttes :

Maximiser le rendement le plus vite possible en utilisant tous les moyens biologiques sous la main du jardinier. On parle de courant bio-intensif.

Imiter la nature, quitte à déboucher sur un rendement plus faible. Cela conduit à se délivrer du travail du sol, des intrants chimiques et du pétrole. C’est le courant permacultural.

Emilia Hazlipp, qui serait la première à avoir importé la culture sur butte en France, en partant de Masanobu Fukuoka et de Marc Bonfils, parle de « jardins synergétiques ». L’intérêt de cette appellation est de souligner que les buttes peuvent créer un écosystème complet pour améliorer le sol.

Caractéristiques principales des buttes

La création d’une butte est un moment clé de la mise en place du jardin. Il faut plusieurs années pour aboutir à un résultat optimal. Toutes les buttes se ressemblent sur certains points :


  • Une largeur suffisante, allant de 80cm à 1,20m. Il ne faut pas aller au-delà, car la butte serait alors difficile à travailler. Il ne faut pas rester en-deçà si l’on veut créer un écosystème.

  • Un espacement par des allées de 30 à 50 cm de large. La première dimension correspond à la taille d’un pied, la seconde permet le travail à genoux.

  • Une hauteur raisonnable permettant d’éviter des pentes trop fortes, donc des problèmes d’érosion. 50cm semblent suffisants.

  • Une forme convexe arrondie, qui augmente la surface de feuilles des plantes cultivées, et donc la photosynthèse.

  • Une grande profondeur de terre arable, pour permettre aux racines de se développer verticalement.

Les étapes de construction se déroulent alors ainsi :


  • Récolter ce qui va être utile à la butte envisagée, notamment des broyats, du compost ;

  • Tracer la butte avec de la ficelle et des piquets ;

  • Creuser la tranchée de 40 cm de profondeur ;

  • Remplir la tranchée avec les ingrédients adéquats selon le type de butte voulu ;

  • Recouvrir de terre ;

  • Planter ;

  • Recouvrir de broyats ou de paille ;

  • Planter des piquets si nécessaire (pour les tomates par exemple) ;

  • Arroser ou installer le goutte à goutte auparavant.


On peut encore rajouter des bordures en bois pour retenir la butte dans le temps et installer un nichoir pour oiseaux ou un hôtel pour insectes si l’on a le souci d’améliorer la biodiversité.

Types de buttes :

On peut distinguer  trois grands types de buttes. La butte autofertile dite « butte Morez », du nom de l’ingénieur agronome pionnier de l’agroécologie qui a travaillé avec Pierre Rabhi.


Ce type de butte comprend :


  • Placer au fond de la tranchée, du BRF surmonté de feuilles sèches ou vertes, de la paille, du foin. Tasser et arroser bien fort.

  • Mettre du sel entre chaque couche, saupoudrer d’un peu de cendres, déposer une couche de fumier ou compost. Arroser.

  • Couvrir avec de la terre, aplanir, étaler de la paille, des écorces ou planches sans tasser le sol.

  • Planter et semer.

  • Arroser dans les « entonnoirs »


Les lasagna beds ou buttes en lasagnes sont une juxtaposition de couches d’éléments riches en carbone (foin, feuilles sèches, BRF) et riches en azote (tonte de pelouse, déchets de cuisine, feuilles vertes).


La butte forestière est prônée par l’Autrichien Sepp Holzer.

Cette butte privilégie les troncs et broyats, branches coupées, qui vont demander plusieurs années pour se décomposer. Il faut recourir à du bois déjà bien décomposé pour éviter la « faim d’azote ».


Avantages des buttes.

Les avantages sont nombreux :


  • Elles créent des micro-climats si elles sont en nombre important ;

  • Elles limitent l’enherbement et l’évaporation d’eau ;

  • Elles protègent la microfaune du sol et ses bactéries, champignons et arthropodes en gardant la terre humide et meuble ;

  • Le non travail du sol favorise l’accumulation de nutriments et d’éléments ;

  • La surélévation des buttes augmente la surface de plantation

Technique du compostage


Définition :
Le terme « compost » signifie « engrais composé ». Le compostage est un procédé de transformation biologique aérobie des déchets organiques, d’origine animale ou végétale, en présence d'eau et d'oxygène. Cette transformation se fait par le biais de micro-organismes (bactéries, champignons, vers de terre, insectes).
Elle dégage de la chaleur. Une fermentation intervient : les micro-organismes transforment les déchets pour former, après maturation, un fertilisant stabilisé, riche en humus, fort utile au jardin parce qu’il renforce l’aptitude du sol à retenir l’eau et les nutriments indispensables aux plantes.


Deux phénomènes se succèdent dans le processus :


  • Une dégradation ou décomposition de la matière organique, à une température de 50 à 70 degrés ;

  • Une maturation à température plus basse (35 à 45 degrés) qui transforme le compost frais en compost mûr riche en humus.

Méthodes de compostage

Il existe plusieurs types de compost :

compost en tas pour les grandes surfaces ;
compost en silo pour les surfaces plus réduites ;
compost de surface pour préparer une parcelle entre deux cultures ou pour le repos hivernal.

Il est bon de disposer de deux compartiments à compost : l’un termine sa fermentation, l’autre recueille le compost utilisable. Le bon emplacement pour le compostage se situe à l’ombre.


Il faut arroser régulièrement le compost et le couvrir pour éviter le lessivage. Si le compost est trop sec, les bactéries meurent et il ne reste au travail que les champignons. Si le compost est trop humide, la quantité d’air disponible sera insuffisante, les bactéries aérobies seront remplacées par des bactéries anaérobies qui dégagent des gaz et des odeurs nauséabondes.
Il faut veiller à l’aération du tas de compost et pour cela mélanger le tas toutes les 4 à 6 semaines. Le premier mélange doit avoir lieu 2 à 4 semaines après la mise en tas. Il faut penser à découvrir le tas par temps sec pour augmenter l’aération.
Le compost peut être mûr au bout de 3 à 6 mois au printemps-été et 6 à 9 mois en automne-hiver. Il est mûr quand il sent la terre forestière et s’effrite facilement. On peut le tamiser

Matières du compost

Matières compostables Matières non compostables
Au jardin

  • Feuilles mortes broyées
  • Tonte d'herbe fraîche
  • Fleurs fanées
  • Plantes d'appartement
  • Bois de taille broyé
  • sciures et copeaux
  • Aiguilles de conifères
  • Mauvaises herbes non grainées, dont les orties entières avant floraison
Au jardin

  • Terre, sable et cendre de charbon
  • Gros bois, bois traité, bois exotique
  • Plantes malades
  • Tailles de thuyas et autres conifères
  • Cendres de bois
  • Toutes plantes grainées
  • Litières non biodégradables
A la maison

  • Déchets et épluchures de légumes et de fruits
  • Peaux d'agrumes broyées (peu)
  • Restes de repas (sans viande, ni graisse)
  • Feuilles de thé et sachets
  • Marc de café avec le filtre
  • Croutes de fromage, couenne de jambon
  • Coquilles d'oeufs, de noix, de moules broyées
  • Pomme de terre flétrie broyées
  • Graisses, huiles de cuisine (peu)
  • Papier essuie-tout (mouillé)
  • Papier, journaux, cartons (en morceaux)
  • Tissus naturels tels le coton et le lin (broyés)
A la maison

  • Viandes, poissons
  • Produits laitiers
  • Plastiques
  • métaux, verres (utilisez vos poubelles de tri)
  • Papier glacé, imprimé ou coloré
  • Langes jetables
  • Poussières de sac d'aspirateur et balayures
  • Tissus synthétiques tel le nylon et le lycra
  • Tous les produits chimiques
  • Huile de vidange

Bois raméal fragmenté


Définition :
Le bois raméal fragmenté (BRF) est constitué de jeunes rameaux broyés, issus de la taille de haies, d’élagage. Les branches issues de l’élagage ou de la coupe des arbres constituent en général un déchet. Broyées et réutilisées pour enrichir le sol, ces branches deviennent une ressource appréciable :


  • Il faut privilégier les essences feuillues : le chêne, le châtaignier, l’érable, le hêtre, l’acacia, le noyer, le tilleul, etc.  Il faut ne pas trop utiliser les essences à cycle court : le saule, le peuplier.

  • Il faut exclure les résineux ou se limiter à 10 à 20% du total. Ils ont une lignine spécifique.

  • Il faut éviter les branches mortes car elles risquent de pomper l’eau du sol et elles sont appauvries en nutriments.

Il faut que ces extrémités des branches des arbres soient inférieures à 7cm de diamètre. Plus le diamètre de la branche est petit, meilleur sera l’effet sur le sol. Mieux vaut broyer les rameaux quand ils n’ont plus de feuilles, en fin d’automne. Il ne faut pas ajouter beaucoup de feuilles dans le broyat, car ce serait faciliter les bactéries aux dépens des champignons et ce serait se rapprocher du compostage classique. Les bois raméaux concentrent 80% de tous les nutriments des arbres : 75% des minéraux, des acides aminés, des protéines, des celluloses et lignines, des sucres et amidons, des polyphénols, des huiles principales, des tanins, etc.


Bref historique:

Les premiers essais remontent aux années 1970 au Québec. L’inventeur du BRF est le Professeur Gilles Lémieux, de l’Université Laval, mort le 29 avril 2009. Le BRF a été utilisé pour toutes sortes de cultures et sous différents climats. Il l’est en Belgique, en Afrique, à Madagascar, etc. En France, le BRF est pratiqué depuis 2007 par des forestiers, des élagueurs, des paysagistes, des maraîchers, des jardiniers. Le spécialiste français du BRF est Jacky Dupéty (Ferme du Pouzat). Il intervient dans les formations d’AFEMAC à El Hamri.

Une révolution agronomique :

La technique du BRF est utilisable pour l’ensemble des formes de culture, en potagers privés, en maraîchage. Utiliser le BRF c’est comme si on reproduisait, mais en les accélérant, les processus qui sont à l’œuvre dans la formation de l’humus forestier. La technique de préparation naturelle des sols cultivés par le BRF s’inspire en effet de la formation des sols des forêts.

Avec le BRF, on ne doit jamais labourer le sol, le labour détruisant le sol. Laisser le sol sans le labourer, c’est respecter l’activité biologique du sol qui est un lieu de vie.


Broyer le bois, c’est le fragmenter pour favoriser l’attaque de la lignine par les bactéries et les champignons. L’écorce des petites branches est protégée des insectes et des bactéries par une couche de cutine. La lacération met le bois à nu, le rend immédiatement attaquable par les bactéries et les champignons.

Au contact du sol, après broyage, la lignine est très vite attaquée par une famille de champignons du sol, que l’on appelle « pourriture blanche ». C’est cette décomposition de la lignine qui stimule fortement la vie du sol en provoquant toute une série de transformations. C’est elle qui produit de grandes quantités d’humus. Au contact du bois, les spores des champignons de la terre germent et digèrent la lignine. Chaque spore se transforme en filament. Du mycélium de champignon se développe dans le sol. La faune du sol vient l’ingérer.


Le BRF apporte au sol de l’énergie chimique grâce à la lignine. La digestion de la lignine par le sol produit une quantité importante d’énergie.

Comme le BRF vampirise l’azote disponible dans le sol, il peut se produire la « faim d’azote », c’est-à-dire une pénurie temporaire d’azote dans les 2 à 6 premiers mois. Les cultures en place peuvent manquer d’azote. Il faut alors apporter la première année un fertilisant : un engrais vert de la famille des légumineuses, trèfle ou luzerne, ou épandre une fumure (type lisier) riche en azote.

L’utilisation du BRF permet d’éviter le processus du compostage. Avec le BRF, il n’y a pas de montée de température comme dans le compost ; l’efficacité du BRF est bien plus grande.


Il est préférable d’épandre le BRF peu après le broyage :


  • On le répand en automne ou au début du printemps ;

  • Après 2 à 4 mois, on l’incorpore à la couche superficielle du sol (sur 5 cm). Au-delà de 10cm de profondeur, le processus de décomposition ne fonctionne pas ;

  • Après une semaine ou deux, on vérifie la présence de « pourriture blanche » ;

  • Les vers de terre vont se nourrir de la cellulose pendant que les champignons vont dégrader la lignine ;

  • Un mois après, on plante ou on sème. On peut semer sur le BRF épandu au sol pour des graines qui lèvent facilement comme le radis. Pour les graines plus délicates, écarter le BRF avec un râteau pour préparer un bon lit de semences : remplir le fond du lit avec de la terre noire de jardin, semer, recouvrir de terre fine, tasser, mouiller, replacer le BRF.

  • On renouvelle le BRF au bout de 4 à 5 ans.


Les résultats des essais tentés partout dans le monde sont très clairs :
  • Une importante production d’humus ;

  • L’amélioration très nette de la structure du sol ;

  • Des rendements accrus ;

  • Des effets prolongés sur 3 - 4ans ;

  • Une importante réduction des besoins en eau ;

  • Moins de désherbage, moins de maladies et moins de ravageurs.

Le goutte à goutte


Le goutte à goutte (GAG) relève de la micro-irrigation ou irrigation localisée des cultures maraîchères et arboricoles. Cela consiste à utiliser un dispositif de tuyaux poreux qui sous faible pression humidifient seulement une partie très localisée du sol et qui fait migrer l’eau dans le sol. Le volume de sol humidifié est appelé « bulbe humide ». L’eau est déposée au plus près des plantes via des tuyaux équipés de goutteurs. Le système est très bien adapté aux zones arides : Espagne, Californie, pays du Moyen-Orient, Afrique de l’Ouest. De plus, il peut être combiné avec une planification de l’irrigation en fonction des variations saisonnières et journalières, des conditions climatiques et du type de culture.

L’objectif unique est de réduire la consommation d’eau. Or, la plupart de l’irrigation se fait aujourd’hui par des méthodes gravitaires de surface qui entraînent surconsommation et gaspillage.

Deux types de GAG existent : le GAG de surface, le GAG enterré mis en place à l’aide d’une sous-soleuse enfouisseuse.


Historique :

La micro-irrigation s’est développée en Israël dans les années 1960, elle a démarré en France dans les années 1970 pour gagner dans les années 1990 les cultures de plein champ (melon, oignon, tabac, pomme de terre). Au Maroc, l’irrigation au GAG des cultures maraîchères occupait dès 2002 une superficie de l’ordre de 20 000ha, plus de 50 000 ha à partir de 2010 et, à la fin de 2011, elle concernait 20% de la superficie totale. Le programme national d’économie d’eau en irrigation (PNEEI), lancé dans le cadre du Plan Maroc Vert, couvre la période 2008-2020 et accorde des subventions.

Au Maroc, le GAG représente un potentiel d’économie d’eau de 130 millions de m3 par an, soit l’équivalent d’un grand barrage. C’est la région du Souss-Massa-Draa qui est la plus avancée sur ce point.

Il est essentiel d’avoir au départ une bonne conception du réseau : choix du débit, de l’espacement des goutteurs ou diffuseurs, de la gestion de l’irrigation. L’eau utilisée en micro-irrigation doit être filtrée car le GAG présente des risques de colmatage ainsi que d’irrégularité des débits délivrés. De plus, au début du cycle végétatif, les racines des plantes ne sont pas sassez profondes pour être alimentées correctement par la canalisation.

Les meilleures périodes pour l’irrigation sont le début de la matinée ou la fin de l’après-midi. Sous le soleil de midi, la plupart de l’eau est perdue par évaporation. Et dans la nuit l’eau peut s’accumuler sur le sol. Il faut donc veiller à la bonne quantité d’eau à apporter en fonction des propriétés du sol, des conditions climatiques et du type de culture.

Il faut inspecter régulièrement les canalisations pour détecter à temps les possibilités de fuites ou de ruptures et limiter les pertes d’eau. Les observations faites par l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II montrent que le goutte-à-goutte n’entraîne pas toujours une économie d’eau, ni à l’échelle de la parcelle, ni à celle de l’exploitation (intensification de la production). Cela peut même accroître la pression sur les ressources en eau, en particulier celles souterraines. La raison en est dans la pluralité des logiques des utilisateurs du goutte-à-goutte, certains privilégiant l’augmentation de la production « à tout prix ».

Principaux avantages et inconvénients 

Les principaux avantages sont : l’économie d’eau, l’économie d’engrais (il peut être ajouté directement dans l’eau), l’économie de main-d’œuvre (une seule personne est nécessaire pour arroser toute une parcelle en ouvrant et fermant la vanne).

Le principal inconvénient est dans le coût initial d’installation, qui est relativement élevé. La personne en charge de l’exploitation doit avoir reçu une formation pour une utilisation adaptée. L’automatisation intégrale sur des grandes surfaces est compliquée. Les risques de colmatage peuvent être réduits par un bon système de filtration et évidemment, il faut veiller à la qualité de l’eau distribuée, notamment quand elle provient de l’oued pollué. Les rongeurs ou les oiseaux peuvent occasionner des dégâts. Le système ne doit pas être utilisé sur des pentes de plus de 3% (ruissellement le long de la ligne vers le bas de la pente).

Le Jardin « en trou de serrure »


Définition :
Il est aussi nommé « keyhole garden ». Il s’agit d’un système de culture potagère qui semble venir des régions arides d’Afrique et favoriser l’auto-alimentation. Il a une forme circulaire quasi complète, une hauteur de 60 cm en général et son centre est constitué d’une colonne de compostage accessible par un petit chemin. En somme, ce système concentre au même endroit un petit jardin potager et sa colonne de compost.

Etapes de construction

On commence par tracer deux cercles concentriques. Pour cela, il faut planter un piquet au centre. A l'aide d'un cordeau, on trace le cercle intérieur (45cm pour le rayon du panier central) puis les limites extérieures (un rayon d'1,50m maximum).

Une fois bien délimité l’emplacement du « panier central », on plante les piquets qui serviront de supports à la colonne de compostage, située de préférence au nord. Celle-ci peut être faite avec un tressage en bois souple ou une chute de grillage. On construit ainsi une structure qui maintiendra le compost en place tout en restant perméable. Il est conseillé de remplir le tas de compost en même temps qu’on monte la butte, pour que le panier central ne subisse pas trop d’efforts ni dans un sens ni dans l’autre. On remplit bien le tas de compost en apportant des déchets bruns et des déchets verts afin de respecter un bon rapport carbone/azote. Puis on arrose à souhait.

On doit alors remplir le cercle de couches successives. On commence par creuser une tranchée de quelques centimètres de profondeur sur toute la périphérie. Pour empêcher les mauvaises herbes du dessous, on peut recouvrir de cartons. On dépose la première rangée de briques ou de pierres pour le drainage. Ensuite, on monte les rangées au fur et à mesure. Il est conseillé de respecter une pente verticale de quelques pourcents pour que l’ensemble puisse résister au poids que la terre de certaines couches exercera sur le mur. Il serait bon de pouvoir accéder au compost par en-dessous et donc de prévoir une grosse pierre au bas du muret du fond du créneau d’accès. En retirant la pierre, on peut retirer le compost mûr du dessous du tas.

A ce niveau, il faut avoir choisi un type précis de jardin en « trou de serrure », car cela va déterminer les composants à y mettre. Il peut s’agir de morceaux de bois (branches brisées, bûches, etc), de couches de tonte ou de déchets verts, de bois plus fins (feuilles mortes) et enfin de compost bien mûr. Les couches de branchages garantissent l’aération et le développement de champignons. Le fumier apporte l’azote, la paille aère et augmente la matière organique. Les feuilles fraîches attirent les lombrics. Le charbon de bois pilé sert à la rétention d’eau et de nutriments. On paille toujours en surface.


On peut spécialiser le jardin en « trou de serrure » : par exemple y mettre de la sauge, des oignons, du persil, du cerfeuil, de la coriandre, de l’aneth, du thym, de l’estragon, du basilic, des laitues. Les plantes hautes sont plutôt à éviter.

Il permet d’abord une production potagère sur de petites surfaces : en général, un cercle de 1,50m de rayon, ce qui permet d’accéder à toutes les cultures qu’il contient. La colonne centrale a une hauteur de 1m.

C’est un système hors-sol qui ne dépend donc pas de la nature du sol. Il intègre le compost qui fait partie de son architecture. Mais, la petite taille du silo de compostage limite la quantité de déchets que l'on y dépose. De plus, il n’est pas toujours très aisé de récupérer le compost mur au pied de la colonne de compostage si on n’a pas prévu au bon moment de le faire.

La Spirale de PAM


Elle se présente comme un parterre surélevé en spirale. Cette structure permet à la fois d’accumuler la chaleur et de modérer les variations de température. De plus, elle devient un micro-milieu favorable aux insectes. On la construit de préférence avec des pierres, selon un cercle de base de 2 à 3m de circonférence et une hauteur de 0,5 à 1m.

Deux préoccupations doivent être respectées : l’orientation et le drainage interne.

On commence le montage au centre de la spirale avec un mur sec et on remplit ce centre d’une couche drainante faite de gravats et de pierres, en ajoutant du sable et de la terre.

Outre la production de plantes aromatiques, la spirale d'aromatiques a d'autres intérêts :


  • de nombreuses plantes aromatiques étant mellifères, elle est utile aux insectes pollinisateurs.

  • lors de la construction, des abris pour les animaux auxiliaires peuvent être intégrés dans le mur : gîte à insectes, à hérisson...

Une association de plantes aromatiques parfaite

Outre la production de plantes aromatiques, la spirale d'aromatiques a d'autres intérêts :


  • Au sommet : mettre des plantes aromatiques méditerranéennes qui aiment pousser en plein soleil (p. ex. le romarin, la lavande, l’origan, le thym, la marjolaine, la sarriette, l’hysope, basilic).

  • Au milieu : mettre les plantes qui aiment profiter d’une chaleur et d’une humidité modérées (p. ex. l’aneth, la ciboulette, la sauge, le persil, l’ail, l’immortelle d’Italie, la pimprenelle, hysope, sauge officinale ou sclarée, sarriette, menthe, estragon, armoise, absinthe, mélisse)

  • Au niveau inférieur : mettre les plantes qui aiment bien l’humidité et l’ombre : l’oseille, le cresson de fontaine, la bourrache, la menthe, le cerfeuil, la citronnelle et la coriandre

  • Au niveau de l’eau : mettre la menthe aquatique et l’oseille.


Même s’il n’est pas essentiel, un petit point d’eau situé au pied de la spirale permet d’améliorer le microclimat.

Le paillage


Il existe au moins 10 bonnes raisons de croire à l’efficacité du paillage.

1 - Faire des économies

C’est le normand qui parle : Le paillage conserve l’humidité et le terre et la nourrit, donc économie d’eau et d’engrais.


2 - Protéger la terre

Une couche épaisse de paillage fait une sorte de matelas qui va protéger la terre des pluies battantes. Du coup pas de croutage de surface.


3 - Eviter le dessèchement

Le paillage retient l’humidité de la terre, sans se lancer dans des explications compliquées, il suffit de regarder la terre en forêt. Sous la couche de feuilles sèches, on trouve un terreau bien frais et humide.


4 - Nourrir la terre

Au fur et à mesure de sa décomposition, le paillage nourrit la terre et se transforme en humus. L’humus agit comme une éponge qui retient l’humidité.


5 - Protéger la biodiversité

Le paillage offre un abri à bon nombre de bestioles. Le sol devient plus riche et plus équilibré. Des associations favorables telles que les mycorhizes peuvent s’installer.


6 - Limiter la germination des mauvaises herbes

Une bonne épaisseur de paillage empêche la germination des graines, du coup pas besoin de biner. On ne laisse se développer que les plantes choisie.


7 - Gagner du temps

Pour profiter au mieux de son potager, autant se passer des tâches ingrates comme le désherbage, le binage ou le bêchage.

8 - Eviter les projections

Avec un bon paillage, la pluie n’a aucune change de percuter la terre et d’éclabousser les fraises ou les tomates. On a donc des légumes plus propres et plus sains.


9 - Recycler vos déchets verts

On ne va plus à la déchèterie, tout passe au broyeur pour faire un paillage, qui va pouvoir se décomposer en surface.


10 -Isoler la terre

Un peu comme une bonne couverture, le paillage amortit les brusques changements de température, c’est aussi pour ça qu’il faut l’ouvrir au printemps pour laisser le soleil réchauffer la terre.

Les limites du paillage

  • Il n’empêche pas le liseron de pousser.

  • Il offre le gite pour les rongeurs indésirables.

  • Il empêche les petites pluies de pénétrer dans le sol en les absorbant

  • Dans le cas de branchage (type BRF), il peut provoquer une faim d’azote

  • Dans le cas de tonte de pelouse, il nécessite un renouvellement

Rotation des cultures


Intérêt

La rotation des cultures s’impose ou devrait s’imposer dans les très grands potagers avec des grandes parties en monoculture. C’est moins vrai pour un petit potager. Dans la forêt, il n’y a pas de rotation des cultures, tout est fondé sur la diversité des plantes et l’apport d’humus en masse au sol. Rien ne remplace la biodiversité.

Cependant, une rotation des cultures bien comprise est utile.


Raisons de la rotation

Elles sont multiples.

Ne pas fatiguer le terrain : selon la catégorie à laquelle elle appartient – feuille, fruit, racine, fleur – une plante va chercher dans le sol certains éléments minéraux précis. Diversifier les plantes sur une zone permet de ne pas tirer toujours de cette zone les mêmes éléments.

Limiter les risques phytosanitaires : certains légumes ou certaines familles botaniques entraînent des ravageurs, des champignons. De nombreux parasites sont ainsi conservés dans le sol d’une année sur l’autre. La rotation remédie à ce problème et permet d’éviter les pesticides. De plus, certaines plantes répulsives font fuir certaines maladies ou certains insectes.

Ainsi, les tomates et la sauge repoussent la mouche de l’asperge ; le poireau, l’oignon, l’échalote, l’ail et la ciboulette repoussent la mouche de la carotte ; romarin, sauge et thym agissent contre la piéride du chou, etc. Obtenir et entretenir un sol sain en laissant à la terre le temps de se restructurer.

Il suffit de fonctionner par carrés proposant 4 zones et de décaler d’une zone chaque année. La rotation des cultures s’appuie sur trois catégories de végétaux :


  • Les légumes-feuilles recherchent un sol riche en éléments nutritifs et plus particulièrement en azote. Céleri, chou, concombre, épinard, poireau, pommes de terre, salade.

  • Les légumes-racines, quant à eux, puisent en profondeur leur nourriture : ils sont donc fatigants pour le sol. Ail, betterave, carotte, échalote, endive, fenouil, navet, oignon, radis.

  • Les légumineuses, au contraire, enrichissent la terre en azote : leurs racines portent de petits renflements, appelés nodosités. Ces nœuds renferment des bactéries vivant en symbiose avec les légumineuses. Ces dernières vont fournir aux bactéries de la nourriture, via le feuillage, et les bactéries vont, à leur tour, apporter aux légumineuses l’azote qu’elles fixent dans le sol.
    Une fois la récolte terminée, les nodosités restent en terre et se décomposent, c’est ainsi que se trouve libéré l’azote. Haricot, fève, pois.

  • Il est intéressant de laisser la quatrième zone au repos en y semant un engrais vert comme le trèfle, la moutarde, le seigle, la phacélie.

Sur une zone, le légume-graine de la première année va enrichir le sol en azote ;
le légume-feuille de la deuxième année va utiliser cet azote ;
le légume-racine de la troisième année puisera les réserves en profondeur ;
le légume-fruit de la quatrième année, auquel on apportera du compost en début de culture, va renouveler la matière organique.
On peut aussi fonder la rotation sur le degré de gourmandise d’un légume :


  • Les légumes gourmands aimant les sols riches sont les légumes feuilles et les légumes fruits : concombres, courges, courgettes, melons, choux, épinards, tomates, aubergines.

  • Les légumes moins gourmands sont les légumes racines ( carottes, navets, betteraves, céleri) et les légumes bulbes (oignons, échalotes aaulx, poireaux).

  • Les légumes très peu gourmands sont les légumes grains : haricots, pois, fèves, lentilles.

  • Les engrais verts améliorent le sol.

Les haies vives


Types de haies vives

La haie répond aux trois grands enjeux de l’agroforesterie que sont la conservation, la production et la protection. Elle est une technique agroforestière linéaire à buts multiples. Les objectifs d’installation des haies vives et leurs lieux d’implantation sont à la base de leur classification. En fonction des rôles qu’elles jouent, on peut distinguer principalement les types de haies suivants :


  • haies vives de protection contre la divagation des animaux (haies défensives) ;

  • haies vives de protection contre l’érosion (haies antiérosives) ;

  • haies vives de production ;

  • haies vives de production ;

  • haies vives de délimitation foncière ;

  • haies vives ornementales.

Les haies antiérosives ou de conservation des eaux et du sol sont principalement les haies installées sur des courbes de niveau, des haies brise-vent ou de végétalisation de dispositifs antiérosifs mécaniques (cordons pierreux, diguettes en terre, etc.).

Les haies vives productives sont constituées de ligneux ou de semi-ligneux fournissant du bois de feu ou de service, des fruits, des feuilles alimentaires, de la biomasse médicinale, du fourrage, de la paille, etc.

Composition des haies vives

Les haies plurispécifiques n’ont pas beaucoup d’inconvénients et sont de plus en plus utilisées. Les associations d’espèces permettent à la haie de multiplier et de combiner les rôles tels que défensif/productif, antiérosif/ productif, défensif/antiérosif, etc

La haie vive est une rupture brutale dans le paysage agricole. De ce fait, elle induit des modifications écologiques importantes dans lesquelles le microclimat, le sol, les activités biologiques et les cultures interagissent et s’influencent mutuellement. L’effet brise-vent, la modification de l’évapotranspiration et l’ombrage sont les trois facteurs principaux de l’effet des haies vives sur le microclimat

La haie vive ou haie variée est composée de plusieurs variétés d’arbustes, et de ce fait, elle est moins sensible aux maladies et parasites qui n’affectent qu’une variété à la fois. Les arbustes y sont plantés tous les 50cm. L’intérêt d’une haie vive est de ralentir le ruissellement, de protéger les cultures, de favoriser l’humidité du sol et l’accumulation de sédiments et matière organique, de jouer le rôle de brise-vent, de devenir un habitat pour certaines espèces.